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Les nouveaux monstres - la critique

Affreux, sales et méchants


- Durée : 1h55mn
- Titre original : I nuovi mostri

Un jeu de massacre jubilatoire pour tous les amateurs d’humour noir et de méchanceté gratuite.

L’argument : Douze sketches mettent en scène la monstruosité humaine, les mesquineries et les bassesses de l’homme moyen. Tout le monde en prend pour son grade : la religion, le macho italien, la famille...

Notre avis : Le film à sketches est une véritable institution en Italie durant les années 60-70 avant de connaître un déclin irrémédiable au début des années 80, en même temps que tout un pan du cinéma populaire transalpin. Le cinéaste Dino Risi représente à lui tout seul le meilleur de ces comédies à l’italienne, souvent impertinentes et rageuses. Les monstres (1963) en est un exemple frappant puisque l’auteur y épingle ses contemporains en une vingtaine de vignettes toutes plus méchantes les unes que les autres. Alors que le genre s’annonce sur le déclin, les producteurs ont l’excellente idée de donner une suite à ce formidable succès des années 60. Cette fois-ci, Dino Risi est secondé par deux autres maîtres du genre : Mario Monicelli et Ettore Scola. Le premier est auréolé d’un hit au box-office avec Mes chers amis (1976), tandis que le second vient de scandaliser toute l’Italie avec le vénéneux et cultissime Affreux, sales et méchants (1975). Malgré leur goût commun pour la comédie, chaque auteur est également connu pour avoir signé des œuvres plus graves et pessimistes - les magnifiques Parfum de femme (1974) pour Dino Risi, Une journée particulière (1977) pour Ettore Scola et Un bourgeois tout petit petit (1977) pour Mario Monicelli. Cette tendance à broyer du noir se ressent très nettement dans cette nouvelle livraison des monstres, particulièrement acerbe.
Totalement déchainés, les auteurs dénoncent toutes les formes d’hypocrisie et de bassesse humaine sur un ton virulent. Aucune institution chère aux Italiens n’est épargnée : l’Eglise, la famille et les classes sociales sont tournées en dérision avec un sens de la méchanceté qui ravira tous les amateurs d’humour noir et décalé. Prenant acte de la vague de violence qui s’empare de leur pays à cette époque, les réalisateurs stigmatisent toutes les formes d’endoctrinement, ainsi que toutes les dérives sécuritaires. Ils n’oublient pourtant pas de rendre un émouvant hommage aux saltimbanques et aux artistes du rire : ainsi le sketch dans la cuisine du restaurant renvoie directement à certaines perles de l’humour chaplinesque, tandis que le dernier segment transforme un enterrement en un festival de fous rires pour notre plus grand plaisir. Le rire comme arme ultime contre la connerie et la mort, tel semble être le message qui nous est adressé ici avec un talent peu commun. Pour cela, les cinéastes ont su s’entourer des meilleurs comiques de l’époque : Vittorio Gassman est grandiose en cardinal remettant ses ouailles dans le droit chemin, tandis qu’Alberto Sordi nous sort le grand jeu dans l’odieux passage où il abandonne sa mère à l’hospice. Bien sûr, certains segments sont moins réussis que d’autres, mais c’est la loi d’un genre finalement très difficile et dont Les nouveaux monstres (1977) constitue l’un des derniers fleurons.

Le DVD

Les suppléments

Dans un coffret nous est proposé un livre de quatre-vingt seize pages sur la comédie italienne qui ne nous a pas été fourni. Sur le DVD lui-même, l’éditeur nous offre un sketch supplémentaire, qui n’a pourtant rien d’inédit puisqu’il apparaît dans certaines copies du film. Enfin, un documentaire récent de vingt-six minutes revient sur les origines de la comédie italienne, tout en décortiquant les influences du film et son contexte socio-politique. Un bonus passionnant, concis et instructif comme on aimerait en voir plus souvent.

Image & son
L’image a bien été remasterisée, comme indiqué sur la jaquette : la définition est plutôt bonne, même si on peut regretter les couleurs un peu ternes dans l’ensemble. Par contre, on se demande bien pourquoi l’éditeur s’est contenté de nous fournir une seule piste sonore, qui plus est en français. Ceux qui ne conçoivent pas de regarder un film en version doublée - par ailleurs honorable ici - n’auront guère le choix et devront se contenter de trois sketches présentés en version originale sous-titrée dans la section bonus. Un faux pas vraiment regrettable au vu de l’effort fourni jusque là.

Virgile Dumez

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