A partir d’un sujet ambitieux, le cinéaste Juan Antonio Bardem se fourvoie et signe une œuvre seulement anodine.
L’argument : Chassés-croisés d’âmes en peine en Espagne sur la Costa Brava. Vincent, parisien, vient rejoindre un ami dans un petit village espagnol, là, il rencontre Jenny qui a déjà eu une relation avec cet ami. Très vite ils tombent amoureux. De l’autre côté deux adolescents sont au bord du suicide...
Notre avis : Communiste farouchement opposé à la censure franquiste, Juan Antonio Bardem s’est fait connaître dans les années 50 par ses prises de position virulentes envers un régime dictatorial et réactionnaire. Ses premiers films, souvent réalisés en étroite collaboration avec Luis Garcia Berlanga, ont marqué leur temps par leur dénonciation d’une situation politique et sociale désastreuse. Le cinéaste le paie très cher puisqu’il est emprisonné au milieu des années 50 avant de subir une censure économique constante de la part d’un régime n’appréciant guère les contradicteurs. Dès le début des années 60, le réalisateur commence à chercher des financements à l’étranger et entame une longue période où ses projets ont bien du mal à se monter. Grâce à l’aide de la France, de l’Italie et de l’Allemagne de l’ouest, il parvient tout de même à réunir les fonds nécessaires pour adapter le roman français d’Henri-François Rey paru en 1962 et intitulé Les pianos mécaniques.
Décrivant les amours dérisoires d’une poignée d’intellectuels blasés, Bardem ne semble pas particulièrement en phase avec l’histoire qu’il raconte et passe donc à côté de son propre film. La description de cette petite communauté privilégiée n’est jamais touchante et les comportements hystériques de la plupart des personnages sonnent terriblement faux, comme si l’auteur avait cherché une liberté de ton, sans jamais la trouver tout à fait. Cette envie d’un cinéma qui se moque des convenances se voit dans l’utilisation d’une musique jazzy plus irritante qu’entraînante et dans la sensualité exacerbée de certaines séquences de plage. Voulant mettre à nu des sentiments contradictoires, Bardem ne fait que souligner l’indigence de personnages bien peu intéressants. Le casting hétérogène imposé par la coproduction n’arrange rien à l’affaire et on ne retiendra du métrage que les interventions du jeune Didier Haudepin, formidable enfant acteur déjà repéré dans Les amitiés particulières (1964) de Jean Delannoy, seul protagoniste à apporter de la fraîcheur dans un ensemble bien trop théorique pour emporter l’adhésion. Les pianos mécaniques (1965) s’avère être une véritable déception, une sorte de Dolce vita (1960) du pauvre.

Le DVD
Les suppléments
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L’éditeur nous offre un petit entretien entre François Chalais et Didier Haudepin lors du festival de Cannes 1965 : quatre minutes plaisantes qui permettent de profiter de la fraîcheur du jeune acteur. La bande-annonce d’époque est également présente, ainsi que des photographies et des filmographies.
Image & son
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L’image proposée ici est de belle qualité et met bien en valeur la lumière d’Espagne. Même si certaines scènes nocturnes sont un peu moins convaincantes, l’ensemble a visiblement fait l’objet d’une bonne restauration. Il en est de même pour le son proposé en simple stéréo ou en 5.1. Cette dernière piste n’apporte pas grand chose à un film si ancien, mais on peut tout de même saluer l’initiative. On regrettera par contre de ne pas trouver une piste sonore espagnole ou anglaise, sachant que cette coproduction a été doublée en de nombreuses langues différentes.