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Les pirates (bons à rien, mauvais en tout) - la critique

Joyeux zozos

Vent de fraîcheur sur l’océan animé, le studio Aardman, qui nous avait livré notamment Chicken Run, est de retour avec une parodie d’aventure exhubérante qui comble les attentes.

L’argument : Le Capitaine Pirate - enthousiaste sans limite, mais aux succès moins concluants - veut devenir une terreur des hautes mers. Avec un équipage désordonné à ses côtés et apparemment aveugle de ses maigres chances, le Capitaine Pirate n’a qu’un seul rêve : battre ses grands rivaux Black Bellamy et Liz Lafaucheuse au prix le plus convoité, le Trophée du Pirate de l’Année. Sa quête les mène des rivages de Blood Island jusqu’aux rues brumeuses d’un Londres victorien. Au cours de leurs aventures désopilantes, ils devront affronter la reine Victoria qui voue une haine absolue aux pirates, et faire équipe avec un jeune scientifique Charles Darwin…

Notre avis : Après Wallace & Gromit, Souris city et le long métrage à succès Chicken Run, le studio Aardman, spécialiste de l’animation image par image, revient avec un nouveau délire qui s’inscrit parmi les réussites indéniables du genre. C’est Peter Lord, cofondateur de la boîte et déjà réalisateur des poulettes en fuite, qui tente à la réalisation d’évoquer les frasques burlesques de pirates des mers ringards, plus motivés par la fête du jambon que par l’or. On est en pleine ère victorienne et la monarque de l’époque incarne justement le Mal en personne, à l’occasion d’une relecture totale de l’Histoire britannique, où ce sont finalement les méchants pirates qui sont les gentils zozos (plutôt qu’héros) des océans et Victoria, l’affreuse mégère.
Dans ces péripéties de pacotille, la bande de marins menée par le Capitaine Pirate (Hugh Grant au firmament) a bien du mal à décrocher le titre suprême de Pirate de l’année pour son leader, systématiquement floué par ses pairs, de vrais vilains pirates, parmi lesquels on trouve une furie incarnée avec délice par Salma Hayek, qui en a plus dans le pantalon que la plupart de ses collègues. C’est qu’elle a un sabre, Madame, et elle s’en sert. Mortel. La course aux prix pastiche les Oscar et autres cérémonies de ce genre dans un grand moment de nawak généralisé, hiérarchisant l’équilibre des mers en fonction de la vilenie de ces sacrés pirates qui vont mettre une pression monstre à notre gentil Capitaine Pirate qui devra remuer ciel et mer, et même Londres, où tout flibustier est persona non grata, pour trouver un trésor qui lui offrira une gloire imparable dans sa fratrie.
Dans cette quête pour le trésor ultime, on croise Darwin en vieux garçon qui aimerait bien se lever la reine, un dodo pas si éteint que ça. Dans une capitale britannique crasseuse qui ravirait le Tim Burton de Sweeney Todd, on tombe aussi sur un Elephant Man en clin d’oeil humoristique... Toute la mythologie du XIXe siècle est ici déployée pour combler les amateurs d’humour burlesque. Et cela fonctionne bien, disons une bonne heure dix sur 1h30 de spectacle, la fin ramant un peu pour retrouver l’exubérance de l’ensemble du métrage, à force de rebondissements convenus sans grand intérêt.
Mais qu’importe cette dernière partie en demi-teinte, on aimera plutôt souligner l’incroyable dextérité de l’animation, subtil mélange d’images de synthèse, notamment pour recréer la mer ou certains impressionnants édifices, et de stop-motion d’une infinie précision dans des décors pointus où le sens du détail du spectateur est systématiquement sollicité tellement les plans sont foisonnants.
Bref, gare aux pirates. A Pâques, ils vont vous mettre la patate !

Frédéric Mignard

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