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Les poings dans les poches - la critique

Les damnés

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- Locarno International Film Festival 1965 : Silver Sail

- Sindacato Nazionale Giornalisti Cinematografici Italiani : Meilleur scénario original

- Sortie Italie : 31 octobre 1965

Une famille en pleine décomposition morale et psychique. Le premier long métrage, effrayant, de Bellochio, qui transforme un coup d’essai en coup de maître.

L’argument : Une famille renfermée sur elle-même, où fermentent les maladies héréditaires, les amours coupables, les haines hypocrites : une mère aveugle, littéralement et symboliquement ; une déliquescence fin de race, sombrant dans l’épilepsie et l’idiotie congénitale ; un jeune homme amoureux de sa sœur...

Notre avis : Premier long métrage de Bellochio, Les poings dans les poches fit l’effet d’une bombe dans le cinéma italien, pourtant en pleine effervescence créatrice avec les œuvres de Antonioni, Fellini ou Pasolini. Il faut dire que ce récit des tendances criminelles d’un fils cadet de bonne famille (Lou Castel, prodigieux) n’est pas de tout repos et propose une vision cauchemardesque de la décomposition de la cellule familiale, à une époque de conservatisme exacerbé dans la société italienne. Même Buñuel fut étonné de cette rage froide qui parcourt le film, totalement en rupture, tant avec le néoréalisme que le drame bourgeois traditionnel ; pourtant, les ellipses narratives et les non dits donnent au film un air de parenté avec L’avventura, son ton irrévérencieux annonce Théorème et le thème de la décadence était déjà en filigrane dans Sandra de Visconti (qui l’assumera totalement dans Les damnés). D’effrayantes images marquent à jamais le spectateur des poings dans les poches, du chat mangeant dans l’assiette de la mère aveugle lors du repas familial à l’épilepsie finale, en passant par le portrait de l’oncle fracassé lors des rangements des souvenirs de la mère. Mais c’est surtout par son traitement thématique de la folie que Les poings dans les poches s’insère dans le futur univers de Bellochio. Comme dans Le saut dans le vide ou récemment Vincere, l’auteur associe délire mental et désordre social dans une vision singulière, tout en faisant de la violence le catalyseur de la contestation : sur ce dernier point, le film est réellement prophétique et annonce tant les luttes symboliques de 68 que les années de plomb italiennes, que le réalisateur abordera explicitement dans Buongiorno, notte. Une photo noir et blanc accentuant le sentiment d’étouffement et un montage vertigineux (le meurtre sur la falaise) amplifient la réussite tant artistique que technique de ce coup de maître.

Gérard Crespo