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Durée : 1h50mn
Comment un téléfilm d’une heure est devenu un chef d’oeuvre du cinéma français par la grâce de ses interprètes et l’inépuisable talent de son auteur.
L’argument : En 1962, en pleine guerre d’Algérie, alors que les attentats de l’OAS se multiplient, l’intrusion d’un garçon pied-noir exilé va bouleverser la vie paisible de l’internat du lycée où il est accueilli.
Notre avis : Les miracles existent. Du moins au cinéma. La preuve est faite avec ces Roseaux sauvages que personne n’attendait, pas même leurs auteurs, et qui est passé de simple commande d’Arte au statut très envié de meilleur film de l’année selon l’académie des Césars 1995. Mieux, André Téchiné, ses scénaristes et la jeune Elodie Bouchez repartent de la cérémonie avec chacun une statuette. Formidable parcours pour ce petit film en tout point exceptionnel. Téchiné est alors au sommet de sa créativité lorsqu’il accepte une proposition de la chaîne Arte qui tient à évoquer à travers une série de téléfilms d’une heure chacun l’adolescence à des époques différentes. Voyant là un moyen de retracer sa propre jeunesse et par la même occasion la guerre d’Algérie, le cinéaste se met à écrire un script qui connaît par la suite des développements inattendus, au point de pouvoir servir de base à un long métrage. Débarrassé de toute pression économique, il réunit un casting de jeunes amateurs pour un tournage rapide et léger, en plein coeur de l’été. Grâce à l’extraordinaire complicité des jeunes interprètes, qui deviendront tous amis, l’ambiance est au beau fixe. Ravi du résultat final, Téchiné opte pour une exploitation en salles, avec le succès critique que l’on connaît.
D’une belle acuité psychologique, Les roseaux sauvages décrit les tourments adolescents avec une finesse rarement atteinte. Ses ados souffrent, aiment et se déchirent sans que cela ne semble jamais vu par les yeux d’un adulte. Les désordres sentimentaux font également écho aux terribles troubles engendrés par cette guerre que l’on essaye par tous les moyens d’ignorer. Dans cette société du non-dit, les jeunes apprennent très rapidement à se forger une conscience politique, au-delà de l’hypocrisie régnante. Le tout est porté par des comédiens d’un naturel confondant : Gaël Morel incarne magnifiquement ce petit intellectuel de province bouleversé par la découverte de son homosexualité, Stéphane Rideau impose avec assurance ce beau personnage de fils de paysan qui ne quittera jamais l’exploitation familiale, Frédéric Gorny, quant à lui, sauve du cliché ce pied-noir buté et extrémiste. Enfin, soleil parmi les nuages, Elodie Bouchez irradie l’ensemble du film par sa présence magnétique et son regard ravageur. Totalement possédée par son rôle, elle nous bouleverse lors des séquences finales qui renvoient à la Partie de campagne (1936) de Jean Renoir. Enfin, ce petit bijou ne serait pas aussi parfait sans l’envoutante photographie de Jeanne Lapoirie, magnifiant les paysages du Sud-ouest au point de faire de ces Roseaux sauvages un hymne à la vie et à la nature, à la fois tragique et initiatique. Sans doute le plus bel ouvrage de son auteur.

Un cinéaste des sentiments qui filme la complexité des relations humaines.