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Les saveurs du palais - la critique

Une femme à l’Elysée

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Christian Vincent remet les couverts 6 ans après Quatre étoiles. La comédie est fastueuse, faute d’être totalement délicieuse.

L’argument : Hortense Laborie est une chef cuisinier réputée qui vit dans le Périgord. A sa grande surprise, le président de la République la nomme responsable de ses repas personnels au Palais de l’Elysée. Malgré les jalousies des autres cuisiniers, Hortense s’impose avec son caractère bien trempé. L’authenticité de sa cuisine séduira rapidement le Président, mais dans les coulisses du pouvoir les obstacles sont nombreux...

Notre avis : Catherine Frot revient de loin : après deux comédies estivales de facture médiocre, largement sanctionnées par le public, Bowling et Associés contre le crime elle impose en cette rentrée sa taille de guêpe dans un divertissement alléchant, servi par le gourmet Christian Vincent, qui n’est pas manchot pour trouver les bons sujets.

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© Wild Bunch Distribution

Le réalisateur de La discrète a choisi la personnalité forte de La dilettante pour incarner une femme de talent et de caractère, à savoir une ancienne cuisinière personnelle du président Mitterand, qui, de par la qualité de ses préparations du terroir, avait réussi à évincer les cuisines très machistes de l’Elysée. Le sujet inspiré donc d’une histoire vraie, s’éloigne de toute personnalité réelle de président et se refuse de parler politique, même si Sarkozy, alors chef de l’exécutif, avait gentiment autorisé l’équipe à tourner quelques séquences dans la fameuse cour du palais alors qu’il s’en était allé au G20 de Cannes. La base narrative est le livre de Danièle Delpeuch, Mes carnets de cuisine, du Périgord à l’Elysée, mais la fiction emboîte vite le pas aux anecdotes du livre, introduisant même un récit cadre en Antarctique où la cuisinière a pris sa retraite présidentielle pour travailler en toute simplicité avec des hommes du terrain exilés de la civilisation. Ces scènes ne sont pas les meilleures et font figure d’audace au coeur d’une oeuvre qui vend les fastes de l’exécutif et de la grande cuisine. Elles sont même déroutantes, dans leur volonté de peindre une personnalité de femme un peu hautaine dans un contexte plus relâché... Mais peu importe, elles ne font que passer laissant à Christian Vincent tout le loisir de soigner le mets principal, à savoir la complicité à demi-mot entre le premier homme de France (joué avec dignité par l’érudit Jean d’Ormesson), et le plus occupé aussi, et sa cuisinière, prête à rejoindre le front, c’est-à-dire sa cuisine en sous-sol du palais, à n’importe quel moment du jour et de la nuit pour concocter des réjouissances gustatives à son illustre patron et aux hôtes présidentiels.

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© Wild Bunch Distribution

Tout le plaisir du film pourrait se synthétiser dans la mise en oeuvre du titre à l’écran : le déploiement d’un travail d’orfèvre aux fourneaux, d’une connaissance de l’art culinaire moins scientifique qu’intuitive et empirique, la résurrection d’une tradition de la bonne fourchette française, avec subtilité et délice. Catherine Frot, pas cuisinière pour un sou dans le civil, parvient par mimétisme à reproduire la perfection faite fourchette ; elle enchaîne à l’écran, lors de scènes savamment distillées, érigées en moments de suspense cocasse (le plat plaira-t-il à Sa Majesté ?), des gestes qui confinent au pur plaisir sensoriel pour les spectateurs, invités à déguster des yeux, alors que l’envie de mordre est irrésistible. Oui, ces Saveurs sont souvent savoureuses, malgré quelques égarements narratifs et finalement un sujet de divertissement précieux un peu vain. A consommer avec ou sans modération selon les affinités.

Frédéric Mignard


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