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Les vainqueurs - la critique

La guerre autrement

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- Durée : 2h25mn
- Titre original : The victors

Loin des clichés hollywoodiens, Les vainqueurs porte un regard humaniste sur la période trouble de la Libération. Etonnant.

L’argument : De 1942 à 1946, le parcours d’une compagnie américaine venue délivrer l’Europe du joug nazi. De la Sicile à l’Allemagne en passant par la France, le destin leur jouera bien des tours...

Notre avis : Scénariste américain reconnu pour son magnifique script du Train sifflera trois fois (Fred Zinnemann, 1952), Carl Foreman, en raison de ses nombreuses sympathies à gauche, est obligé de s’exiler lors de la terrible chasse aux sorcières qui touche les Etats-Unis dans les années 50. Devenu producteur, il contribue au mémorable succès des Canons de Navarone (Jack Lee Thompson, 1961), film de guerre d’une efficacité redoutable, mais qui ne présente aucune originalité particulière. Fort de ce triomphe, le scénariste choisit de passer à la réalisation en adaptant le livre d’un écrivain anglais nommé Alexander Baron. Après de nombreux mois de tournage au milieu d’une distribution internationale, le film connaît un échec critique et public suffisamment grave pour que Carl Foreman ne retente jamais l’expérience.
Fort dommage sommes-nous tentés de dire, tant cette unique œuvre montre un souci authentique d’originalité. Si la mise en scène reste classique et quelque peu conventionnelle, il est étonnant de constater la maturité du point de vue historique porté par l’auteur. Loin des clichés héroïques en vigueur dans le cinéma hollywoodien de genre, Les vainqueurs se distingue par une attention de chaque instant portée à ses personnages. Humains avant tout, ils sont les premières victimes de la guerre. Alors que le titre laissait présager un film de propagande à la gloire des soldats américains, le cinéaste dresse un bilan bien plus contrasté de la situation : les soldats sont certes courageux, mais ils boivent, se disputent, sont racistes ou déserteurs. Une image peu glorieuse, mais ô combien plus réaliste, d’une armée en terre étrangère. Ne filmant jamais les combats, Foreman préfère aller voir dans les coulisses et signe un film de guerre profondément original, empreint d’une humanité touchante car jamais réduite à une recette schématique. La fin désenchantée s’ouvre sur une nouvelle période de troubles appelée "guerre froide" et l’on sent poindre ici toute l’amertume ressentie par un auteur épris de paix. Le casting trois étoiles sert magnifiquement cette œuvre lente et intelligente : on retiendra surtout les prestations magistrales de Jeanne Moreau, de Romy Schneider et d’un George Peppard d’une belle sobriété. Complètement oublié de nos jours, ce film mérite amplement un retour en grâce.

Virgile Dumez

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