Les yeux de Rose Andersen - Xavier-Laurent Petit

Le 10 décembre 2003

Dans un roman pudique et fort, Xavier-Laurent Petit suit le drame des candidats à l’exil clandestin dans l’enfer des bidonvilles frontaliers du Mexique.

Dans un roman pudique et fort, Xavier-Laurent Petit suit le drame des candidats à l’exil clandestin dans l’enfer des bidonvilles frontaliers du Mexique. Certainement pas réservé aux adolescents !

Un beau matin, le père décide de prendre la route, avec femme et enfants, et quitter Santa Arena, où il n’y a plus rien à attendre. Direction Tijuales, la ville de tous les mirages, là où, derrière les barbelés, on peut voir les lumières des villes yankees, où les maisons sont en or, les rues pavées d’argent, et les filles ont les yeux verts comme des dollars. En attendant, la famille survit dans le tentaculaire bidonville qui longe la frontière, et comme tout le monde, se prend à rêver à l’autre côté.

Les yeux de Rose Andersen, c’est, à travers le récit d’Adriana, l’histoire bêtement ordinaire de ces milliers de désespérés qui se pressent le long de la frontière, dans l’illusion d’un Eldorado qui se transforme rapidement en antichambre de l’enfer. Pas de travail, pas d’argent. Les enfants s’élèvent comme ils peuvent. Les grands dealent, les plus petits travaillent pour une misère dans les usines chimiques où ils nettoient l’intérieur des cuves toxiques quinze heures par jour.

Xavier-Laurent Petit pose un regard lucide sur ce qu’on appelle à Tijuana (pour la nommer par son nom) la population flottante. Ceux pour qui la misère est plus forte que la peur, le désespoir plus terrible que la mort. On part parce qu’on n’a plus rien à perdre, mais aussi parce qu’on a encore de l’espoir. Les yeux de Rose Andersen pointe, dans un texte pudique et fort, ce déchirement de l’exil, la fascination absolue de l’argent et les limites sans cesse repoussées de la résignation.

L’extrait


Au dessus de moi, le trou d’homme n’était qu’une minuscule ouverture par laquelle la tête de Guillermo s’est encadrée, auréolée de lumière, comme celle d’un ange.

- Je te passe le matériel...
La lampe, d’abord. Une pour deux. Les seaux, les éponges, les brosses... Et puis la cage du canari.
"Ne le quittez pas des yeux, avait recommandé Don John. Si vous voyez qu’il bascule de son perchoir, c’est que les vapeurs de toluène sont trop toxiques pour que vous restiez au fond. Il faut remonter immédiatement. Sinon..."
On s’est attaqués à l’extrémité de la cuve à coups de brosse, les poumons en feu, les yeux mi-clos pour ne pas recevoir les projections qui brûlaient la peau comme de minuscules fourmis. Je n’ai tenu que quelques minutes avant de me précipiter vers le trou d’homme pour respirer.
Le ranjero avait raison. Au-dehors, l’air était une bouffée de roses.


Xavier-Laurent Petit , Les yeux de Rose Andersen, L’école des loisirs, 2003, 191 pages, 10 €