Portrait de femme magnifique, cette première œuvre de Jacques Demy est un film inspiré à tous les niveaux.
L’argument : A Nantes, Lola est entraîneuse dans un bar où viennent se distraire des marins américains. Elle s’occupe de son enfant et attend le retour de son amour de jeunesse, parti depuis une dizaine d’années.
Notre avis : Ce premier film de Jacques Demy a été réalisé dans le contexte de la Nouvelle Vague et impose d’emblée un cinéaste au regard tendre et aimant. À Nantes, sa ville de prédilection, le metteur en scène suit la nouvelle mode en tournant dans la rue afin de suivre la vie des petites gens et des déclassés. Malgré une forte volonté de coller à la réalité de tous les jours, on trouve ici une autre marque de fabrique de la Nouvelle Vague : le jeu récitatif des acteurs fait penser aux films de Rohmer ou de Bresson, ce qui peut déranger les spectateurs allergiques à cette manière originale d’appréhender l’interprétation.
La grande force de ce premier long métrage vient de son scénario particulièrement ambitieux, mélangeant de manière insidieuse les temporalités. Ainsi, nous suivons pendant trois jours le parcours de trois femmes d’âges différents et on finit par comprendre qu’il s’agit en fait du même personnage durant trois périodes de sa vie. Pourtant, rien n’indique ces ruptures temporelles et le cinéaste pousse l’astuce jusqu’à les faire dialoguer. Brillante idée.
La mise en scène est également très fluide, d’une grâce infinie, multipliant les morceaux de bravoure. Ainsi, des scènes au demeurant banales deviennent superbes, uniquement par le jeu de la caméra, par l’utilisation judicieuse de la musique qui jouera un si grand rôle dans la carrière de Jacques Demy.
Voilà donc une première œuvre particulièrement inspirée, d’une spontanéité et d’une fraîcheur rares, portée par l’interprétation nuancée de la belle Anouk Aimée. Celle-ci arrive à donner une vraie profondeur à un personnage pourtant assez superficiel, du moins en apparence. Un film à voir et revoir sans modération.
