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Louise l’insoumise - La critique

C’est la tangente qu’elle préfère

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- Durée : 1h35mn

Un regard personnel fort sur les interrogations d’une enfant rebelle, au sein d’une famille d’immigrés repliée sur elle-même. Deux décennies après, le propos est d’une clairvoyance toujours aussi douloureuse.

L’argument : En 1961, dans la région parisienne, une petite fille de dix ans se révolte contre l’autorité de sa mère qui lui impose le respect des traditions juives et lui refuse toute ouverture sur l’extérieur.

Notre avis : L’enfance, les femmes, la religion. Ces thèmes forts ont toujours obsédé la réalisatrice méconnue, mais pourtant essentielle, Charlotte Silvera (Prisonnières, c’est la tangente que je préfère). Après des documentaires sociaux et politiques engagés, elle passe en 1985 à la vitesse supérieure avec un premier long métrage s’articulant sur ces trois thèmes. Elle jette ainsi un regard poignant, parfois proche du documentaire de par son réalisme, sur une enfant juive tunisienne qui vit recluse au cœur d’une famille prolo. Un microcosme familial qui refuse toute assimilation avec la population autochtone. Alors que l’école, salvatrice, et l’envie de se mélanger aux camarades conduisent Louise, la fameuse insoumise du titre, une dizaine d’années, à se rebeller contre l’autorité de la famille, et notamment contre celle de sa mère, Silvera pointe intelligemment les brèches dans lesquelles la famille se réfugie, accentuant les déchirures socioculturelles : le refus de communiquer, de se remettre en question et de s’ouvrir aux autres, notamment via l’éducation ; l’aliénation de l’esprit par la télévision, qui est, symboliquement, la dernière pièce (mentale pour le coup) du foyer... Outre l’intrépide Louise, interprétée par une jeune comédienne au tempérament bien trempé (Myriam Stern), l’on retient également le rôle de la mère et épouse. Brutale, ignorante, étriquée, elle refuse tout rapprochement avec "les étrangers" (les Français) préférant servir de reine (au rabais) dans un microcosme familial où elle s’acharne à vouloir obtenir le dernier mot, du moins sur ses enfants, alors qu’elle-même est soumise au diktat de la paie misérable de son mari. Les frustrations, les jalousies, les rêves se mélangent au cœur de cette figure mi-tragique mi-pathétique, que la cinéaste condamne pour son aveuglement et sa lâcheté.
Au final, le parcours initiatique de l’enfant est parfois drôle, souvent touchant, mais toujours douloureux. La découverte de la sexualité de son père (qui dissimule des magazines pornographiques dans son automobile), le comportement humiliant de son oncle vis-à-vis de sa petite cousine, l’observation qu’elle fait des parents des autres enfants, éminement plus démonstratifs dans leur affection, conduisent l’enfant à briser la malédiction familiale en choisissant la tangente. On est alors en 1961. Louise apparaît comme une graine de symbole. Des décennies plus tard, Louise l’insoumise n’a jamais été autant d’actualité. Un constat qui rend cette évocation datée encore plus amère qu’elle ne l’était à sa sortie en 1985.


Le DVD

Une édition à petit budget destinée à une sortie confidentielle.

Les suppléments

L’essentiel des suppléments réside dans l’entretien d’une vingtaine de minutes avec la réalisatrice, passionnant dans le genre. Les propos réfléchis de celle-ci qui ne rechigne pas à faire part de ses chevaux de bataille et à dévoiler son amertume vis-à-vis du cinéma français (qui, selon elle, ne serait une grande famille que pour ceux qui sont des fils de...) sont tout simplement passionnants et confirment le tempérament et la singularité de son œuvre. Avec précision, elle revient sur le casting, la réception du film, qui toucha beaucoup, en son temps, la communauté homosexuelle.
Dernier bonus, quinze minutes de l’émission Etoiles & toiles de Frédéric Mitterrand, donnant la parole aux jeunes actrices au moment de la distribution du film. Un document de quinze minutes précieux.

Image & son

Qualitativement le master proposé est assez médiocre. Faute de moyen pour offrir une nouvelle jeunesse au film, on doit se contenter d’une image parfois limite et d’un son mono sans éclat. Rien de rédhibitoire pour autant, l’ensemble est regardable et audible, mais le support DVD nous a habitué à tellement mieux.
On notera la présence de sous-titres anglais destinés à l’international. Une excellente initiative.

Frédéric Mignard




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