Love letters

Frère et soeur

De gentils nantis américains tentent de nous apitoyer avec leurs histoires de cœur... et c’est le charme dévastateur de deux acteurs qui submerge.

Deux corps assis côte à côte devant une large table. Ils lisent des lettres. Celles de leurs personnages. Ils pourraient lire bien d’autres choses, bien d’autres lettres, le bottin même peut-être, ils seraient écoutés avec un respect identique. La voix et la présence d’Anouk Aimée et de Philippe Noiret suffisent à créer une magie, à susciter une attente, à animer une flamme. Elle, avec un pessimisme mêlé d’une bonne dose de légèreté et d’espièglerie. Lui, avec son timbre unique et ses emportements de petit garçon poli et naïf. Ils jouent aux amoureux timides et c’est bien la principale qualité du texte d’A.R. Gurney que de leur permettre cela. Pour le reste, il s’agit d’une histoire gentillette, parfois drôle, parfois émouvante mais pas toujours, entre deux produits de la très bonne société américaine, la pauvre petite fille riche et le premier de la classe, avec leurs clichés et leurs faux problèmes qui les déshumanisent complètement.
Depuis l’enfance, Alexia et Thomas n’ont cessé de s’écrire. Les premiers goûters, les premiers flirts, les premiers mariages, les premiers enfants, les premières cassures, les derniers souvenirs, tout passe en revue au rythme de mots griffonnés avec plus ou moins de réussite sur des morceaux de papier tandis qu’ils passent à côté de leur bonheur. Un bonheur à deux, bien entendu. La faute à ses fichues lettres selon Alexia qui affirme dès le début qu’elle n’aime pas écrire, la faute aux pièges tendus par la vie selon Thomas qui ne semble pouvoir s’exprimer réellement qu’à travers ses fichues lettres. A l’ancienne, presque façon Arlequin. Heureusement, il y a deux comédiens auréolés d’une telle présence, de tant de souvenirs, de tant d’images qui ont accompagné nos existences à l’intérieur et à l’extérieur des salles obscures, pour créer une émotion. Vraie et belle.

Love letters d’Albert Ramsdell Gurney, mise en scène de Sandrine Dumas. Avec Philippe Noiret et Anouk Aimée. Au Théâtre de la Madeleine, 19 rue de Surène, 75008 Paris. A voir jusqu’au 2 avril 2006.

Georges Ghika


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