Durée : 1h30mn
Une œuvre terriblement datée qui n’intéressera que les amateurs du cinéma exotique des années 30.
L’argument : Portrait de la ville de Macao où se croisent des aventuriers sans foi ni loi, des joueurs, des hors-la-loi et des filles de mauvaise vie. Le tout sur fond de trafic d’armes.
Notre avis : Ce quatrième film de Jean Delannoy a connu bien des déboires. Il a été tourné tout d’abord en 1939 avec comme acteur principal Erich von Stroheim dans un énième rôle de commandant d’origine germanique. La guerre a bouleversé tous les plans de la production puisqu’il devenait impossible de sortir en pleine déroute une œuvre dont le "héros" est un Allemand. Dès lors, Delannoy décida de retourner toutes les scènes d’Erich von Stroheim en le remplaçant par Pierre Renoir. Il existe donc une deuxième version du même film qui est sortie en 1942. Quant à celle d’origine, elle est ressortie après la guerre en 1945. C’est cette dernière que nous avons vue.
Delannoy a toujours été considéré comme un bon technicien et on ne peut pas lui reprocher d’avoir mal accompli son travail. Pour autant, comme nombre de ses travaux, Macao, l’enfer du jeu semble figé dans le marbre d’un certain académisme cinématographique. La vision de Macao n’est guère convaincante et ne dépasse jamais le stade du cliché exotique. Ainsi, l’œuvre appartient à cette vogue du film colonial qui a touché l’Europe et les Etats-Unis dans les années 30. Les personnages ne sont guère intéressants et les interprètes, pourtant de qualité, ont bien du mal à insuffler de la vie à cet exercice appliqué. On regarde donc tout ceci avec un certain détachement. Jean Delannoy fut une cible de choix pour les jeunes loups de la Nouvelle Vague. Leur jugement était sans nul doute trop sévère, mais ce n’est pas ce film qui permettra au cinéaste de passer à la postérité. Et cela, comme au jeu, on peut le parier.

Ce solide artisan du cinéma décédé à l’âge vénérable de 100 ans incarne à lui seul une certaine qualité française et laisse derrière lui une cinquantaine d’oeuvres inégales, non dénuées de fulgurances.