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Mais qu’avez-vous fait à Solange ? / Jeux particuliers - la critique + le test DVD

Viol au couteau

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- Durée du montage italien : 1h42mn
- Durée du montage français : 1h41mn

Une histoire bien tortueuse, d’une impeccable efficacité pour un giallo plus réaliste que d’habitude.

L’argument : Enrico Rossini est professeur dans une école pour filles à Londres. Délaissé par son épouse, il vit une histoire d’amour avec Elizabeth, une de ses élèves. La jeune femme croit être témoin d’une agression, mais Enrico ne la prend pas au sérieux jusqu’à l’annonce d’un meurtre sadique. La victime a été violée et sauvagement mutilée, un couteau enfoncé dans le vagin. Enrico, suspecté par la police va devoir faire toute la lumière sur ce meurtre...


Notre avis : Exploitant les codes du giallo - œuvre policière mettant en scène un assassin sadique avide d’armes blanches - alors particulièrement en vogue dans le cinéma italien des années 70, Massimo Dallamano aborde avec ce film des sujets très délicats comme le viol ou la question de l’avortement. Pourtant, loin de réaliser une œuvre à thèse, il préfère tourner un film purement commercial, dérangeant par le réalisme assez poussé de certaines scènes, notamment les meurtres savamment orchestrés. Loin des débauches baroques d’un Mario Bava ou d’un Dario Argento, Dallamano crée une atmosphère trouble et malsaine à partir d’un postulat plus "réaliste". Il réussit à captiver le spectateur grâce à une histoire particulièrement bien ficelée, ménageant un suspense constant et qui ne trouve sa résolution que dans les dernières secondes du métrage.
Le recours assez classique à la caméra subjective donne un aspect voyeuriste à l’ensemble, se rapprochant ainsi du cinéma d’un certain Brian de Palma. Le cinéaste s’appuie sur la collaboration de techniciens hors pair : les images de Joe d’Amato sont léchées tout en ne trahissant pas le parti pris réaliste de Dallamano, tandis qu’Ennio Morricone signe une partition minimaliste qui donne un caractère mélancolique à ce thriller. Enfin, l’interprétation de l’excellent Fabio Testi permet au spectateur de s’identifier à ce "héros" finalement très humain. On peut juste regretter un certain manque de profondeur dans la psychologie de personnages qui ne sont que des marionnettes dans les mains d’un scénariste trop occupé à tirer les ficelles d’une intrigue très tordue. Mais qu’avez-vous fait à Solange ? (1972) est un excellent exemple du savoir-faire des artisans transalpins en matière de série B, toujours préoccupés de réaliser le meilleur film possible avec les moyens du bord. Cette Solange est décidément toujours très fréquentable de nos jours.


Le DVD

Le(s) supplément(s) à ne pas rater : L’éditeur Neo Publishing sait à quel public il s’adresse puisqu’il soigne toujours son travail : le DVD est ainsi présenté au milieu des affiches italienne et française du film. De quoi contenter les cinéphiles qui vouent un culte à cette œuvre rare. Les jolis menus vous invitent à suivre des bonus toujours aussi passionnants dont une interview d’une vingtaine de minutes avec le producteur Fulvio Lucisano et le comédien Fabio Testi. Ils reviennent en détail sur leurs relations avec le réalisateur Massimo Dallamano (décédé dans un accident de voiture en 1976), mais aussi sur le montage financier et sur le tournage du film, et font un point sur le pitoyable état de l’industrie cinématographique italienne d’aujourd’hui. Un deuxième module consacré à Fabio Testi permet de revenir sur l’ensemble de la carrière du comédien : d’une simplicité et d’un abord franchement sympathique, il évoque ses débuts en tant que cascadeur, puis son passage au vedettariat et parle avec passion des réalisateurs avec qui il a collaboré. Les filmographies complètes des acteurs et du réalisateur, ainsi qu’une galerie de photos terminent un programme bien chargé - même si on regrette l’absence d’une bande-annonce d’époque.

Image & son : La copie utilisée n’est pas parfaite, mais permet tout de même de mettre en valeur le joli travail photographique de Joe d’Amato. L’ensemble reste donc très satisfaisant. Les pistes sonores en stéréo sont un peu plus abîmées : on constate un certain souffle sur la version italienne qui arrive à restituer les ambiances, tandis que la version française met davantage en avant les voix et sacrifie une partie des effets sonores, présentant un aspect plus étouffé et parsemé de craquements. A noter que les deux versions n’ont pas tout à fait le même montage.

Virgile Dumez


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