Durée : 2h19mn
Virtuosité formelle, narration ankylosée, l’après-Dogville confirme que Lars von Trier tourne un peu en rond.
L’argument : C’est l’étrange histoire de Manderlay, un domaine isolé dans le sud profond des États-Unis. En 1933, Grace et son père avaient laissé derrière eux la petite communauté de Dogville et s’en éloignaient pour retourner chez eux. Malheureusement, dans le métier de gangster, l’absence est souvent une source de gros désagrément. Grace et son père, ainsi que son armée de malfrats, obligés de battre en retraite et chassés de leur ancien territoire, vont passer, sans succès, tout leur hiver à chercher de nouveaux terrains de chasse. Et, dans ces premiers mois de printemps, ils font route vers le sud pour trouver une résidence où ils pourraient enfin s’établir...
Notre avis : Depuis ses débuts (soit sa trilogie sur l’Europe - les divins Element of crime, Epidemic et Europa), Lars von Trier s’est imposé comme un réalisateur engagé et provocateur qui n’aime rien tant que stigmatiser les mœurs, renouveler la grammaire cinématographique et singer ses contemporains à grands coups d’uppercuts dans la tronche. Son petit côté donneur de leçons peut agacer mais régulièrement son cinéma fait du bien par là où il passe. Alors que Dogville avait élégamment trompé les attentes, Manderlay peut faire en comparaison pâle figure. Non seulement parce qu’il ne respecte pas la psychologie de son héroïne (Bryce Dallas Howard qui fait ce qu’elle peut pour remplacer Nicole Kidman) dont la bonté et le cœur d’or confinent à la niaiserie, mais surtout parce qu’il s’agit d’un énième recyclage de figures désormais éprouvées.
Sur le principe de sa trilogie sur l’Amérique, von Trier fait renaître le spectre de l’esclavagisme pour clouer au pilori le passé honteux de l’oncle Sam. On peut y voir une relecture perverse de La passion de Jeanne d’Arc de Dreyer. Seulement, le petit théâtre des horreurs ne fonctionne plus. Lars von Trier tombe rapidement dans une impasse créative, succombe vite au rabâchage fictionnel et délivre un produit singulier, fiévreux et au final assez polémique, où sa virtuosité formelle s’exprime au détriment d’une narration ankylosée. Dommage qu’il ait parfois recours à des éléments aussi incongrus que dérangeants pour donner du relief à son intrigue ténue, à l’instar du retournement de situation final, plutôt indigeste.
Vingt ans de cinéma expérimental et quelques belles réussites.
Par fouinette
Là je suis déçue très déçue. Moi qui ais pleuré toutes les larmes de mon corps devant breaking the Wave et Dancer in the dark, là rien... C’est expérimental certes mais ça ne soulève rien... A force de trop expérimenter on finit par se perdre, dommage...