Accueil > Les réalisateurs > S > Schlesinger, John > Marathon man - la critique

Marathon man - la critique

Cours, Dustin, cours

Acheter sur Priceminister

Au-delà du simple thriller à connotation politique, Marathon man est également une traque symbolique des fantômes du passé dans une atmosphère cauchemardesque du meilleur effet. Tétanisant.

L’argument : Babe, étudiant en histoire, s’entraîne dans Central Park pour le marathon de New York. Son frère Doc, membre d’une organisation gouvernementale secrète, est assassiné sous ses yeux. On apprend que le Dr Szell, un criminel de guerre nazi, serait venu récupérer un trésor de guerre qu’il avait confié autrefois à son frère...

Notre avis : Encouragé par le succès de son premier film en tant que producteur (Chinatown de Polanski), l’acteur Robert Evans tombe sous le charme du roman Marathon man écrit par William Goldman en 1974. Il sait qu’il peut en tirer un thriller captivant et demande aussitôt à l’auteur lui-même d’en écrire une nouvelle version pour le cinéma. Le romancier, déjà oscarisé pour son scénario de Butch Cassidy et le Kid (1969), s’acquitte de cette tâche consciencieusement et livre un script passionnant dont les nombreux niveaux de lecture attirent l’attention du cinéaste John Schlesinger. Dès qu’il est approché, le réalisateur réussit à convaincre Dustin Hoffman, qu’il a déjà dirigé avec brio dans Macadam cowboy, de participer à l’aventure. Monté sans aucune difficulté particulière, Marathon man a tout du projet béni des dieux dès le départ et couronné de succès à l’arrivée.
Pourtant, cette histoire de conspiration nazie qui se déroule en plein New York n’était pas si évidente à retranscrire à l’écran, tant les ficelles de l’intrigue peuvent paraître grossières, voire carrément surréalistes. Là où un Sidney Pollack aurait apporté une vision très terre à terre de ce complot, abordant au passage des thématiques sociales et politiques, le cinéaste John Schlesinger fait semblant de se rattacher à ce cinéma engagé des années 70 pour mieux s’en démarquer. Si certaines figures stylistiques se rapprochent effectivement d’un certain cinéma américain paranoïaque, c’est pour mieux inscrire les personnages dans une tension permanente qui les emprisonne. Toutefois, le réalisateur britannique s’éloigne de toute forme de réalisme par le choix de décors tous plus bigger than life les uns que les autres (on pense bien entendu aux bâtiments aux architectures modernes, mais aussi à la station d’épuration de la dernière scène). Se situant dans un espace mal défini, Marathon man court après des fantômes, tous issus du passé. Ce n’est pas un hasard si le personnage de Dustin Hoffman est étudiant en histoire puisque toute son aventure apparaît comme une gigantesque métaphore d’un inconscient collectif qui porterait les stigmates d’un passé qui ne passe pas.
Traquant toutes les formes de fascisme, le personnage de Dustin Hoffman se retrouve confronté aux spectres du maccarthysme et du nazisme, qu’il doit symboliquement éliminer afin de pouvoir avancer dans sa vie d’homme. Voilà pourquoi cette chasse aux fantômes prend très souvent les allures d’un cauchemar éveillé, au point de ressembler à de nombreuses reprises à l’After hours de Scorsese. Véritable roller coaster absurde, Marathon man ne cherche jamais à être crédible, mais s’amuse à jouer avec les ombres du passé pour mieux confronter le spectateur à sa conscience. Dominé de bout en bout par une interprétation prodigieuse de Dustin Hoffman, judicieusement opposé au magistral Laurence Olivier, le film de John Schlesinger laisse une empreinte forte dans l’esprit du spectateur, non seulement par l’extrême violence qui s’en dégage, mais aussi par toutes les implications morales qu’il insinue avec force.
Souvent considérée comme une œuvre purement commerciale, Marathon man (1976) gagne donc à être revu sous un angle plus complexe. Le film fut effectivement en son temps un beau succès, y compris en France où il a glané plus d’un million d’entrées (1 079 037 pour être précis) sur tout le territoire. Mais son statut de champion du box-office mondial ne doit pas masquer ses qualités, bien réelles.

Virgile Dumez




Il n'y a pas encore d'avis pour cet article. Soyez le premier à proposer votre avis !

Votre avis