Marie Walewska

Napoléon intime

- Durée : 1h53mn
- Titre original : Conquest

Une romance historique somptueuse et intimiste à la fois, dominée par la présence solaire de la grande Garbo. Mythique.

L’argument : De 1807 jusqu’à 1815, la passion amoureuse entre la comtesse polonaise Marie Walewska et l’empereur français Napoléon Ier, ayant pour conséquence la création d’un grand-duché de Varsovie et la naissance d’un enfant illégitime nommé Alexandre.

Notre avis : Clarence Brown est devenu, dans les années 30, le metteur en scène attitré de la sublime Greta Garbo pour le compte de la MGM. Ensemble, ils ont connu de véritables succès publics et critiques avec des biographies mélodramatiques comme Anna Christie (1930) ou bien Anna Karénine (1935). Portés par ces multiples réussites, ils se lancent en 1937 dans leur projet le plus ambitieux à ce jour : conter la tragique liaison entre la comtesse polonaise Marie Walewska et l’empereur Napoléon Ier. Cette histoire permet de brosser le portrait du grand homme d’Etat entre 1807, date officielle de leur rencontre lors de la campagne de Pologne jusqu’à l’exil forcé du tyran vers Sainte-Hélène. On assiste ainsi à son glissement progressif vers la folie des grandeurs, de l’Empereur idéaliste porteur des idéaux de la Révolution jusqu’au despote sanguinaire qui précipite toute l’Europe dans des conflits toujours plus hasardeux.
Même si les auteurs se sont permis quelques écarts romantiques afin de satisfaire aux lois du genre, on peut tout de même admirer le travail historique effectué, très juste dans l’ensemble - mis à part une erreur liée à la mise en place du blocus continental décrété dès 1806 et non 1809 dans le film. Autrement, le cinéaste mêle avec talent la romance et la politique, dressant un tableau plutôt juste de la période. Il est soutenu par des décors grandioses, une photographie somptueuse du très grand Karl Freund et par une interprétation magistrale de la "divine" Garbo. D’une beauté à se damner, elle crève l’écran et dévore la caméra, écrasant au passage son partenaire Charles Boyer, pourtant convaincant en Napoléon. Malgré cette débauche de moyens - le tout a coûté plus de deux millions de dollars, somme énorme pour l’époque - Marie Walewska (1937) n’a guère passionné les foules, sans doute à cause de trop nombreuses scènes d’explications politiques, au point de devenir un échec cuisant au box-office. La MGM n’a d’ailleurs pas connu de revers de fortune aussi sévère durant les années 30 et 40. Ce désastre financier a mis fin à la longue collaboration entre le réalisateur et sa muse, cette dernière ne tournant d’ailleurs plus que deux autres métrages avant de se retirer volontairement des écrans, devenant un des mythes les plus fascinant de l’histoire du cinéma. Aujourd’hui considérée comme un classique, cette œuvre ambitieuse a pris une belle revanche sur le destin.

Virgile Dumez

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