Malgré son caractère officiel, ce beau documentaire relate l’intégralité de la vie de la légende du reggae avec suffisamment de recul pour garder toute crédibilité. Passionnant.
L’argument : La place de Bob Marley dans l’histoire de la musique, son statut de figure sociale et politique et l’héritage qu’il nous laisse sont uniques et sans précédent. Ses chansons délivrent leur message d’amour et de tolérance, de résistance à l’oppression, et transcendent les cultures, les langues et les religions aujourd’hui encore, avec la même force que lorsqu’il était en vie. En collaboration avec la famille de l’artiste – qui a ouvert ses archives privées pour la première fois - Kevin Macdonald a réuni une mine d’informations, des images d’archives rarissimes et des témoignages poignants qui interrogent le phénomène culturel tout en dessinant le portrait intime de l’artiste, depuis sa naissance jusqu’à sa mort en 1981, faisant définitivement de MARLEY le film documentaire de référence, au moins pour les 30 années à venir.
Notre avis : Véritable légende de la musique populaire des cinquante dernières années, Bob Marley fut non seulement le créateur du reggae, l’ambassadeur de la paix dans le monde, le propagateur de la philosophie rasta, le défenseur des peuples opprimés du tiers monde, un modèle à suivre pour des générations entières et, accessoirement, le vendeur de plus de 200 millions de disques (chiffre arrêté en 2012). Mais derrière cette collection impressionnante d’étiquettes, qui se cache réellement sous les dreadlocks de Robert Nesta Marley, né à la Jamaïque en 1945 de la liaison d’une jeune noire de 16 ans et d’un capitaine britannique âgé d’une cinquantaine d’années ? C’est ce qu’a cherché à savoir le réalisateur Kevin Macdonald, plus connu du grand public pour avoir tourné le film sur Idi Amin Dada Le dernier roi d’Ecosse. Pour parvenir à ses fins, le cinéaste s’est assuré la complicité de la famille Marley, au risque d’ailleurs d’un droit d’ingérence qui pouvait laisser craindre un manque d’objectivité de la part des intervenants. Il est ainsi toujours délicat d’être le passeur de la mémoire officielle d’une telle légende, sans perdre pour autant son sens critique.
Sur près de deux heures trente de projection, Macdonald parvient tout de même à dresser un portrait qui semble le plus fidèle possible. S’il n’écorne jamais vraiment l’idole des bidonvilles, il ne passe pas sous silence ses frasques personnelles (il a tout de même eu 11 enfants de sept femmes différentes, tout en étant marié), son détachement vis-à-vis des membres de sa famille, ni son ambition démesurée qui le pousse parfois à abandonner certains compagnons de route afin de pouvoir aller encore plus loin dans la notoriété. Bref, le personnage n’est pas présenté de manière unidimensionnelle, ce qui permet de le rendre finalement plus humain aux yeux du public.
Sans doute un brin trop didactique ou scolaire, Marley ne cherche aucunement à bouleverser le genre documentaire et présente donc un portrait chronologique qui va de l’enfance brisée par le rejet de la communauté noire (Bob est métis, rappelons-le), la découverte de la musique ska et américaine, l’initiation à la philosophie rastafari et puis la longue et fastidieuse ascension jusqu’au sommet des charts mondiaux. Au passage, les novices apprendront également les origines du reggae grâce à des entretiens toujours passionnants et conduits avec brio. De temps à autre, le réalisateur pratique une pause chronologique pour s’arrêter sur une thématique qu’il considère comme importante (vie privée, situation politique explosive de la Jamaïque des années 70) et qui permet ainsi de faire entrer en résonance l’histoire mondiale et les paroles engagées d’un homme qui n’a jamais dévié de sa voie.
Le film se termine bien évidemment par les grands concerts de la paix où le chanteur risquait sa vie en montant sur scène afin de clamer son message d’amour et de fraternité. L’émotion est alors à son comble, que l’on soit friand de sa musique ou non. Enfin, comment ne pas être ému devant la mort si soudaine d’un jeune homme de 36 ans fauché par un cancer généralisé ?
Sans être mélodramatique ou putassier, Marley est donc un très bel hommage à une figure importante de la scène musicale mondiale, parcouru d’entretiens exclusifs et d’images inédites que les fans seront contents de découvrir. Nous convions même les réfractaires au reggae à venir partager ce pur moment d’histoire, en ces temps où les pays en voie de développement portaient encore ce magnifique espoir d’une émancipation par rapport au pouvoir colonial et aux influences occidentales. Allez Bob, ton rêve n’est pas mort !
