Quand Romero revisite le mythe du vampirisme, cela donne un film d’auteur à petit budget dont l’ambiance délétère emporte tout sur son passage. Une oeuvre majeure à redécouvrir.
L’argument : Un jeune homme de dix-sept ans, obsédé par le sang, est persuadé d’être un vampire.
Notre avis : Farouche indépendant, George A. Romero n’a jamais succombé aux sirènes hollywoodiennes malgré le triomphe de son premier long métrage révolutionnaire La nuit des morts vivants. Durant les années 70, il tente tant bien que mal de monter quelques projets ambitieux et notamment, à partir de 1975, un Zombie qu’il veut radical, au grand dam de nombreux producteurs plutôt frileux. Las d’attendre sans cesse la mise en route du projet, Romero choisit une voie qui lui convient parfaitement : monter en parfaite indépendance un tout petit film d’auteur traitant du vampirisme. Le résultat, malgré son allure désespérément fauchée, va bien au-delà des espérances du maître de l’horreur qui déclare encore à ce jour que Martin (1977) reste son oeuvre préférée.
Alors qu’il a su totalement créer l’image du zombi moderne, il s’attaque ici à la mythique figure du vampire et renouvelle de fond en comble tous les poncifs inhérents aux suceurs de sang. Amateurs de gousses d’ail, de crucifix salvateurs, de dents longues et de séquences de meurtres sensuelles et langoureuses, passez votre chemin car Martin évacue tous ces accessoires et préfère se concentrer sur la trajectoire tragique d’un jeune homme amateur de sang, condamné à tuer les femmes qu’il attire dans son lit. Traité à la manière d’un documentaire, sans jamais porter de jugement de valeur sur les agissements de son anti-héros, le film reste dans l’ambiguïté la plus totale quant à son appartenance au genre fantastique. Martin est-il réellement un vampire ou simplement un malade mental dont les agissements sont dictés par d’incontrolables pulsions ? Nous ne le saurons jamais.
L’interprétation magistrale de John Amplas - un fidèle collaborateur de Romero - permet de provoquer l’empathie du spectateur envers ce tueur pourtant implacable (les quelques séquences de meurtres sont plutôt éprouvantes), mais dont on sent instinctivement qu’il est lui aussi une victime, notamment d’une société archaïque et conservatrice qui ne peut comprendre un tel individu. Une fois de plus, Romero stigmatise l’attitude de l’Eglise en se donnant le rôle d’un curé peu orthodoxe, se moquant ainsi des autorités, soi-disant compétentes pour traiter ce cas. A la fois métaphore sur la maladie, la drogue ou les êtres humains hors normes rejetés par la bonne société, Martin est une production inconfortable dont l’étrangeté fascine encore de nos jours par ses partis pris radicaux. Passé totalement inaperçu à sa sortie, cette oeuvre majeure de Romero retrouve désormais une place de choix dans la filmographie d’un grand réalisateur. Et ce n’est pas usurpé !
