Sortie du DVD : 2 janvier 2012
Sous-estimée, cette excellente série B mélange pourtant avec habileté western et film noir tout en dénonçant les manoeuvres frauduleuses des Blancs pour s’approprier les terres indiennes. A redécouvrir.
L’argument : 1880. Suite à un ordre malheureux du Général Blackwell, la garnison de Furnace Creek et les membres d’une caravane sont massacrés par les Indiens menés par Little Dog. La paix indienne est rompue. Le général est jugé en cour martiale. Ses deux fils, Cash et Rufe entendent laver l’honneur de leur père, mais chacun pour des raisons différentes...
Notre avis : Le réalisateur Bruce Humberstone (1901-1984) a débuté sa carrière dans les années 30 comme assistant de King Vidor, Alan Dwan ou encore Edmund Goulding avant de se retrouver seul derrière la caméra. Durant sa riche carrière, il a tourné des séries B dans tous les genres possibles en essayant de leur apporter un impeccable savoir-faire artisanal. Particulièrement à l’aise dans le milieu des cow-boys, Humberstone signe avec Massacre à Furnace Creek (1948) une œuvre au carrefour du film noir et du western. Il opte tout d’abord pour une photographie en noir et blanc très contrastée (très beau travail d’Harry Jackson) et pour un scénario qui se déploie tel un thriller. Effectivement, il condense tout d’abord en dix premières minutes remarquables les bases d’une intrigue sur fond de machination et de complot. On retrouve d’ailleurs ici certains thèmes propres au film noir, alors très en vogue. Mais le plus étonnant pour l’époque tient en cette implacable description de la conquête de l’Ouest, marquée par les agissements de blancs véreux et avides. Longtemps avant Sergio Leone et consorts, cette série B novatrice ose évoquer sans détour les manipulations de certains individus afin de chasser les Indiens de leurs terres dans l’unique but de s’accaparer leurs richesses. Humberstone décrit ainsi une société américaine fondée sur la spoliation et la violence, le tout justifié par l’appât du gain facile.
Au lieu de réaliser un pensum moralisateur, le cinéaste préfère se pencher sur le destin de deux frères qui tentent par tous les moyens de réhabiliter l’honneur de leur père, trahi par des intérêts financiers déjà tout-puissants. Il réalise ainsi une œuvre tendue qui sait alterner moments forts et passages plus décontractés avec une science éprouvée du rythme. Soutenu par l’interprétation très juste d’un Victor Mature plus expressif que d’habitude, Massacre à Furnace Creek s’avère donc être un western passionnant jusque dans ses dernières séquences, particulièrement marquantes. Sans tambour, ni trompette, le cinéaste réalise un dernier quart d’heure admirable par l’économie des moyens mis en œuvre. Là où un réalisateur de seconde zone aurait utilisé une musique pompeuse pour souligner l’intensité de ces séquences finales, Humberstone fait le choix étonnant de terminer son film par des scènes muettes. L’excellente course-poursuite à cheval se passe merveilleusement bien de la moindre note de musique, tandis que le duel final dans le fort dévasté se déroule dans un silence uniquement perturbé par le souffle du vent. De quoi confirmer un peu plus notre coup de cœur pour cette série B sous-estimée. Elle mérite assurément une nouvelle chance auprès des amateurs de western… et de film noir.
Le DVD :
Une édition très correcte d’une série B à redécouvrir d’urgence.
Les suppléments :
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Visiblement peu inspiré par le film, Patrick Brion nous livre une introduction de sept minutes parmi les plus faibles de la collection. Il ne semble pas avoir grand-chose à dire sur le film qu’il défend finalement assez timidement. C’est dommage. La galerie photo inutile complète un programme un peu mince.
Image :
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Malgré quelques plans sombres plus abimés, la copie proposée est de très bonne tenue avec un noir et blanc bien contrasté et une définition qui sait se faire précise. Du tout bon.
Son :
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L’unique piste en version originale sous-titrée ne pose aucun problème majeur. Le mono d’origine a notamment été débarrassé de tout souffle désagréable. Du bon travail, là aussi.