Au-delà du scandale suscité par les propos du cinéaste à Cannes, Melancholia est une grande œuvre métaphysique sur fond de discordes familiales et de fin du monde. Magistral.
L’argument : À l’occasion de leur mariage, Justine et Michael donnent une somptueuse réception dans la maison de la soeur de Justine et de son beau-frère. Pendant ce temps, la planète Melancholia se dirige vers la Terre...

Notre avis : Melancholia marque le grand retour de Lars von Trier, pour une œuvre moins dérangeante que Antichrist mais tout aussi ambitieuse sur la forme. Découpé en deux parties, le récit part d’une trame de science-fiction catalyseur des rancœurs affectives au sein d’une cellule familiale. Mais von Trier nous offre d’abord un très beau prologue, à la tonalité wagnérienne, fantasmagorie autour de la fin du monde, et qui fait écho à la prophétie anticipée dans son précédent film (le « Chaos règne » du renard). L’histoire peut alors commencer, et le banquet de mariage auquel nous assistons est un jeu de massacre sans appel, qui tient tant de la farce burlesque de Un mariage (Robert Altman, 1978), que du psychodrame thérapeutique de Festen (Tomas Vitenberg, 1998), sans oublier un air de famille avec les noces annonciatrices d’un Voyage au bout de l’enfer : dans cette tragicomédie où l’on feint de croire au bonheur, Charlotte Rampling, dont le personnage de mère trouble-fête incarne la misanthropie tranquille et la désillusion affichée, semble être le porte-parole d’un cinéaste amer et désenchanté. Mais les deux figures centrales sont bien ses deux filles : la blonde Justine (Kirsten Dunst) et la brune Claire (Charlotte Gainsbourg) sont liées par une relation fusionnelle tout en étant antinomiques : quand la première a conscience de son vide existentiel et tente de s’affirmer, la seconde a davantage la tête sur les épaules et se raccroche aux branches du conformisme conjugal et maternel. Mais la plus fragile des deux est-elle celle que l’on croit ? Les deux actrices expriment avec nuance cette dualité ambigüe, et en particulier Kirsten Dunst, d’un feu intérieur qui n’est pas sans évoquer Emily Watson dans Breaking the waves ou Nicole Kidman dans Dogville. Elle trouve ici l’un de ses meilleurs rôles, après Virgin suicides et Marie-Antoinette, même s’il est permis de juger que son Prix d’interprétation est de circonstance, von Trier n’ayant pu être directement récompensé à la suite du scandale que l’on sait.
Après la fulgurance de cette première partie, le second volet paraîtra plus serein et d’une sobriété toute bergmanienne. Il diffuse aussi davantage ce sentiment de « mélancolie » et de résignation, avec ce compte-à-rebours inhérent à la collision entre deux planètes. Il serait cependant hasardeux de parler de rupture esthétique : « J’aime le choc entre ce qui est romantique, grandiose, stylisé, et une certaine forme de réalité », a déclaré le cinéaste, fidèle à son style caméra à l’épaule mais pour filmer des décors luxieux (un château en Suède), alternant dialogues intimistes et envolées lyriques qui ne dévient jamais (ou presque) vers la grandiloquence. Ne doutons pas que Melancholia, aux accents métaphysiques, restera donc un jalon essentiel dans la filmographie de Lars von Trier, quelque part entre les expérimentations de Element of crime et le romanesque assumé de Dancer in the dark : du grand art.
Les extraits du film : ICI

Vingt ans de cinéma expérimental et quelques belles réussites.
On ressort de Melancholia avec une impression embarrassante : celle que le cinéma de LVT n’a plus rien à dire de neuf. Le nihilisme du génial auteur de Dancer in the Dark est devenu poussiéreux et malade. La première partie, pâle ersatz de Festen, irrite par sa dénonciation polie du conformisme bourgeois. La seconde, habitée par la présence de Gainsbourg, est déjà plus convaincante avec ses accents bergmaniens et son atmosphère de tragédie feutrée. Mais dans ce film LVT recycle : parfois pour le meilleur, surtout pour le pire. Figé dans une posture apocalyptique creuse, le (...)
Par Jujulcactus
Lars Von Trier nous livre sa vision de la fin du monde avec son « Melancholia », nom donné à une planète qui menace d’entrer en collision avec la Terre. Sous ce ciel des plus intrigants, qu’il surveille d’un œil tout au long de son œuvre, deux femmes, deux sœurs, évoluent : l’une organise un mariage, l’autre se marie, l’une s’inquiète de son destin, l’autre l’attends, impassible... Deux personnages pour deux chapitres, deux fins du monde en soi. Lars Von Trier dépeint deux psychologies complexes tout en lançant un compte (...)
Par Frédéric Mignard
C’est laid, pompeux, prétentieux et surtout VAIN... Quand Lars von Trier arrêtera-t-il le cinéma ? Cela nous fera des vacances !
Par roger w
Divisé en deux parties bien distinctes, Melancholia est une oeuvre ambitieuse qui ne ressemble à rien d’autre qu’elle-même. L’introduction touche tout bonnement au sublime. Puis la longue séquence du mariage catastrophe alterne moments en creux et règlements de compte jubilatoire (mention pour Charlotte Rampling en mère cynique). La seconde partie, plus intimiste, ennuie parfois, mais finit par donner un réel sentiment de fin du monde. En tout cas, rarement un cinéaste a approché la sensation de dépression avec une telle acuité. (...)
On ressort de Melancholia avec une impression embarrassante : celle que le cinéma de LVT n’a plus rien à dire de neuf. Le nihilisme du génial auteur de Dancer in the Dark est devenu poussiéreux et malade. La première partie, pâle ersatz de Festen, irrite par sa dénonciation polie du conformisme bourgeois. La seconde, habitée par la présence de Gainsbourg, est déjà plus convaincante avec ses accents bergmaniens et son atmosphère de tragédie feutrée. Mais dans ce film LVT recycle : parfois pour le meilleur, surtout pour le pire. Figé dans une posture apocalyptique creuse, le long-métrage est desservi par un scénario qui s’attache à ôter toute crédibilité à ses personnages. Reste à espérer que cette déception ne soit qu’une parenthèse dans une filmo qui compte par ailleurs des oeuvres bouleversantes et dont c’est ici l’un des rares impairs.