Tourné à Black Lake City et Thetford Mines, Québec, en 1970
Sortie au Canada : 12 novembre 1971
Inondé de prix et généralement considéré comme le plus grand film canadien de tous les temps, le chef d’oeuvre de Claude Jutra est un bouleversant conte initiatique ancré dans la province québécoise des années 40.
L’argument : Dans les années 1940 au Québec, à Black Lake, pays des mines d’amiantes, le jeune Benoit, 15 ans, orphelin, vit chez son oncle Antoine et sa tante Cécile. Ceux-ci gèrent le magasin général, pôle d’attraction et principal lieu d’échanges du village.
Antoine est aussi croque-mort à ses heures. La veille de Noël, il doit se rendre en traîneau, accompagné de son neveu, dans une ferme isolée où un garçon de l’âge de Benoit vient de mourir.
Au cours de leur équipée, abondemment arrosée par l’oncle de gin, il perdent le cercueil dans la campagne enneigée. Le père de l’enfant mort, qui ignorait tout de ce qui s’était passé, va le trouver sur son chemin et le ramener chez lui.
Notre avis : Evocation d’une adolescence au début des années 40 dans la province canadienne, le film de Claude Jutra (1930 - 1986) contient probablement quelques éléments autobiographiques, l’âge du héros correspondant à peu près à celui de l’auteur à la même époque. Mais l’univers en vase clos de la petite ville minière dont les habitants mènent une vie sans horizon au milieu d’une nature peu accueillante n’a que peu à voir avec celui, aisé et urbain, dans lequel a grandi le futur cinéaste.

Pourtant on sent bien, à la vision de Mon oncle Antoine, l’implication totale, intime, de Jutra. Il interprète d’ailleurs lui-même le rôle, pas très flatteur, de Fernand, le commis du magasin général qui deviendra, pendant la nuit de Noël, l’amant de la patronne sensiblement plus âgée que lui.
Sa description d’un monde dur et d’une époque peu aimable est souvent crue et dénuée de complaisance, par exemple dans la scène où le père de la jeune Carmen vient récupérer la paye de sa fille ou dans la séquence tendue qui montre le patron de la mine passer en traîneau dans le village pour jeter les étrennes devant les portes, les habitants détournant les yeux pour cacher leur humiliation (Benoît et un ami s’amusent, à la satisfaction générale, à faire s’emballer le cheval).
Pourtant l’évocation n’est pas exempte d’affectueuse nostalgie.
Car il épouse le point de vue de son héros découvrant, les yeux grand ouverts, la vie, la mort et un monde d’adultes profondément insatisfaits de leur existence au fil d’une suite de saynètes souvent drôles, précisément observées, qui finissent par constituer un véritable récit d’apprentissage.

Le point d’orgue de cette initiation est constitué par une inénarrable épopée en traineau durant la nuit du réveillon au cours de laquelle le jeune Benoît et son oncle totalement ivre, ramenant au village le corps d’un garçon de quinze ans mort dans une ferme isolée, perdent le cercueil dans la neige, l’oncle finissant par avouer en sanglots, sous l’accusation d’ivrogne que lui lance son neveu, qu’il a toujours eu peur des morts et qu’il avait rêvé d’un toute autre vie.
La révélation de la cruauté de la vie n’empêche pas tout le film d’être imprégné d’une atmosphère de fête de noël hagarde, désolée mais néanmoins effleurée par le souvenir d’un émerveillement enfantin toujours prêt à resurgir.
Considéré comme le chef d’oeuvre de son auteur, Mon oncle Antoine n’a assurément pas volé ses nombreux prix* et fait partie de ces films qu’on ne se lasse pas de revoir pour s’y ressourcer encore et encore.

* Palmarès du film canadien en 1971 : meilleur film, meilleure réalisation, meilleur scénario (Clément Perron), meilleure photographie (Michel Brault), meilleure musique de film (Jean Cousineau), meilleur comédien (Jean Duceppe), meilleure comédienne de soutien (Olivette Thibault), meilleur repiquage sonore (Roger Lamoureux). Le film a également obtenu de nombreuses récompenses internationales et a plusieurs fois été classé comme le plus grand film canadien de tous les temps.