Mort à Venise

Les grandes reprises

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- Durée : 2h10mn
- Titre original :

Film des territoires de l’esprit, tout en regards, contemplations et méditations orchestrés avec une lumineuse complexité. Un chef-d’œuvre absolu.

L’argument : Venise, années 1900. Pressé par ses médecins, le compositeur allemand Gustav von Aeschenbach va prendre quelque repos à l’Hôtel des Bains, sur le Lido. Pendant que souffle le sirocco et que bruissent des rumeurs d’épidémie de choléra, il y fait la rencontre de la Beauté, en la personne d’un jeune noble polonais.

Notre avis : La parenté entre Thomas Mann et Luchino Visconti est évidente - bourgeois observateurs de l’inévitable décadence de la société à laquelle ils appartiennent - et Visconti avait depuis longtemps dans ses cartons le projet d’adaptation de Mort à Venise, film qu’il a monté avec difficulté et auquel ses producteurs ne croyaient absolument pas. Quelle erreur...
Mort à Venise est d’abord un film esthétiquement et cinématographiquement parfait. La reconstitution extrêmement soignée, comme d’habitude chez Visconti, donne l’impression qu’il a été tourné avant la guerre de 14. Les amples mouvements de caméra, jamais gratuits, viennent accompagner sur un tempo lent le déroulement de l’histoire, uniquement centrée dans les pensées de von Aeschenbach, incarné par un Dirk Bogarde exemplaire. Bien sûr, la musique de Mahler ajoute à l’envoûtement procuré par cette tranche de vie et de mort suffocante et fascinante.
Mais ce film n’est pas qu’un tableau sublime. Comme pour Le guépard, Visconti a insufflé dans cette œuvre de fin de vie ses propres obsessions, ses interrogations fondamentales d’homme et d’artiste. L’amour, la vieillesse et la mort sont au centre de ses préoccupations. Et, corollairement, sa fascination pour la jeunesse. Ainsi, son von Aeschenbach vieillissant sera foudroyé par l’apparition d’un adolescent blond. Il n’y aurait donc pas que l’art pour produire de la beauté ? Stupéfait de cette révélation et plongé dans un trouble sans nom, le compositeur, cherchant à lutter contre le temps, se fera maquiller, teindre les cheveux. Mais le sablier pourtant s’écoule et même s’emballe. Poursuite et évitements aboutiront à la logique attendue. L’ange de la Beauté est aussi, tendre et souriant, l’ange de la Mort...
Film des territoires de l’esprit, tout en regards, contemplations et méditations orchestrés avec une lumineuse complexité, Mort à Venise nous fait toucher ce qu’il y a de plus poignant dans notre destinée individuelle et nous montre nos propres égarements et épouvantes sur fond de bleu de mer, de sable blond, de soleil éclatant et d’une époque rongée par sa déliquescence. Un chef-d’œuvre absolu.

Marianne Spozio




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