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Mourir d’aimer - la critique

Annie Girardot au sommet

- Avec aussi : Bruno Pradal, Philippe Simon, Claude Cerval

Parfois maladroit dans sa démonstration et dans sa réalisation, cet énorme succès du cinéma français a consacré Annie Girardot comme étant l’une des actrices françaises les plus populaires. Sa prestation est d’ailleurs remarquable.

L’argument : D’après l’affaire Gabrielle Russier, professeur amoureuse d’un de ses élèves que l’opposition des parents a acculée au suicide.

Notre avis : Septembre 1969, la France se passionne pour l’affaire Gabrielle Russier, jeune professeur de français qui vient tout juste de se suicider alors qu’elle était poursuivie pour détournement de mineur par la justice. Accusée d’avoir profité de sa position d’enseignante pour séduire et détourner de sa famille un jeune homme de 17 ans pourtant parfaitement consentant, la jeune femme devient rapidement le symbole de l’opposition entre une France avide d’évolution sociale à la suite de mai 68 et une frange plus conservatrice bien heureuse de constater la reprise en main effectuée par le pouvoir en place (De Gaulle, puis Pompidou). Ancien avocat passé au cinéma, André Cayatte n’a eu de cesse de dénoncer les travers d’une société française réactionnaire à travers une série de films-dossiers souvent efficaces, à défaut d’être nuancés. L’homme connaît déjà le monde enseignant pour lui avoir consacré un long-métrage marquant intitulé Les risques du métier (1967), gros succès avec dans le rôle principal l’impérial Jacques Brel. Il était donc l’homme de la situation pour retranscrire à l’écran les circonstances qui ont amené la jeune femme au suicide.

Les dix premières minutes du film présentent de manière assez maladroite l’idylle entre cette prof aux méthodes révolutionnaires typiques du militantisme de gauche des années 60 (moins de répression et une complicité marquée avec les élèves) et l’un de ses élèves. A coup de voix off démonstrative et de montage cut qui ne laisse jamais respirer les scènes, Cayatte sabre la présentation de ses personnages de manière assez incompréhensible. Visiblement peu intéressé par l’amour qui lie les deux êtres, il préfère précipiter les évènements et passer directement au conflit entre l’enseignante et les parents du jeune garçon. Dès lors, Mourir d’aimer trouve enfin son rythme de croisière et déploie même un certain savoir-faire pour tisser les fils d’une machination judiciaire qui se referme inexorablement sur des personnages sans doute trop naïfs. Ce qui intéresse finalement Cayatte n’est pas tant l’histoire personnelle de ce couple atypique que le symbole qu’il représente. Opposant (de manière assez manichéenne d’ailleurs) les militants progressistes aux forces de l’ordre, le réalisateur se fait le témoin de l’effondrement des espoirs générés par mai 68 et de la reprise en main par un pouvoir encore plus réactionnaire qu’auparavant.

Si la démonstration est parfois un peu simpliste et la réalisation bien trop scolaire (le cinéaste dérape même lors des séquences en prison où il succombe aux clichés lesbiens chers aux réalisateurs bis), Mourir d’aimer finit par toucher le spectateur par l’évidente sincérité de son propos et l’extrême qualité de l’interprétation. Bruno Pradal est parfait pour incarner une jeunesse éprise d’absolu, mais le public a surtout retenu la prestation incandescente d’Annie Girardot qui confirmait ici qu’elle était bien l’une des meilleures actrices de sa génération. Elle habite son personnage à la perfection et fait de son combat un magnifique hymne à l’amour pur. Ce tour de force n’est pas passé inaperçu puisque le public français s’est rendu en masse dans les salles pour assister au martyr de la jeune femme. Profitant sans doute de l’écho de cette affaire moins d’un an avant sa sortie, le film d’André Cayatte a attiré plus de 6 millions de spectateurs dans toute la France, faisant du film le troisième plus gros succès de l’année 1971 dans l’hexagone. Un score fulgurant qui consacra définitivement Annie Girardot comme une grande star du cinéma populaire.

Notes :
- La célèbre chanson de Charles Aznavour, bien qu’elle partage le même titre que le film, n’a pas été composée pour le long-métrage et n’y figure donc pas.

Virgile Dumez

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