Durée : 1h33mn
Vingt-deux ans après une Galette du roi de sinistre mémoire, Jean-Michel Ribes convie de nouveau tous ses potes du cinéma français pour une comédie déclamée aux allures de théâtre filmé. Malgré de vraies qualités d’écriture par moment et un sens certain de l’image, l’ennui s’installe au gré d’un enchainement de portraits vain et prétentieux, axé sur le microcosme du musée.
L’argument : Un conservateur terrorisé par les plantes vertes, une mère plastifiée pour être exposée, un ballet de Saintes Vierges, des gardiens épuisés par Rodin, un ministre perdu dans une exposition de sexes, une voiture disparue au parking Rembrandt, des provinciaux amoureux des Impressionnistes, touristes galopins galopant d’une salle à l’autre, passager clandestin dans l’art premier, Picasso, Gauguin, Warhol, ils sont tous là dans ce petit monde qui ressemble au grand, dans ce musée pas si imaginaire que ça, valsant la comédie humaine jusqu’au burlesque.
Notre avis : Jean-Michel Ribes a oublié l’expérience douloureuse de La galette du roi, comédie ringarde avant l’heure dans laquelle il avait convié, en 1986, un bien joli casting. Il récidive aujourd’hui avec une distribution quatre étoiles, riche d’une vingtaine de noms prestigieux, et étoffée de caméos divers qui ne figurent même pas au générique. Sa vision anonyme du musée (il met en scène la foule de nos grands lieux culturels, des simples visiteurs au conservateur, en passant par les gardiens et la femme de ménage) est donc devenue celle du système star, où le clin d’œil humoristique entre copains devient une finalité de remplissage, et où le nombre vient combler les interstices d’un scénario sans queue ni tête, qui ne fait qu’enchaîner les scénettes théâtrales.
Chaque vedette incarne une caricature bien trempée (le raciste, le beauf, le provincial, l’artiste gay, le ministre de la culture à la Lang...) et sévit ponctuellement lors de gags filés et souvent ratés (les gamins hurlant accompagnés de leur prof exaspérée ; les étrangers qui écorchent le nom de Gauguin ; le père de famille furieux qui recherche désespérément le niveau de son parking...) . Dans une foire au bon verbe et à la bonne humeur, chacun apparaît et disparaît au gré d’une visite fastidieuse où les récurrences accablent (les personnages insupportables de Sulki et Sulku, par exemple) et où le discours de Ribes, souvent judicieux (son opposition entre l’art et la nature est amusante), devient finalement sentencieux et lourd d’un style théâtral peu adapté au grand écran (l’auteur adapte ici sa pièce éponyme à succès) .
Au final, si Musée haut, musée bas - riche d’un budget conséquent, d’images savoureuses empruntées à tous les musées parisiens pour former un lieu unique complètement irréel, et d’idées de mise en scène - bouillonne d’idées et d’énergie, il laisse un sentiment d’agacement profond. Avec son arrière-goût de comédie de boulevard sans trame et son inclinaison nombriliste (le casting souligne le manque de modestie de cette grande entreprise), cette réalisation de Jean-Michel Ribes déconcerte brillamment, certes, mais tout de même déçoit énormément.

Par romaric
L’adaptation d’une pièce de théâtre au cinéma est souvent délicate. Un des derniers exemples en date est « L’invité », une œuvre divertissante et rythmée sur les planches mais décevante au cinéma. « Musée haut, musée bas » a mieux passé l’épreuve de la salle obscure. La réussite totale n’est toutefois pas au rendez-vous. Beaucoup de bavardages, souvent drôles et percutants, mais trop peu d’action. Le film laisse donc une impression mitigée. Des moments agréables côtoient le ridicule et (...)