Avec Mutants (sortie nationale le 6 mai), David Morley a réalisé quelque chose qui, il y a encore dix ans, était tout à fait inenvisageable : un bon film d’épouvante français. Dans un paysage hexagonal peu favorable à cet esprit que les exploitants refusent de programmer (et oui, ce genre trop sale tacherait plus les fauteuils que le popcorn) et que les chaînes de télés refusent de co-produire, la sortie d’une telle œuvre relève toujours du parcours du combattant et s’avère précieuse pour la diversité de notre cinématographie nationale. Nous avons posé quelques questions au réalisateur de Mutants.
aVoir-aLire : Réaliser un film d’horreur en France, ce n’est pas du suicide ?
Absolument pas ! C’est très motivant comme challenge. Nous avons tout à créer pour nous débarrasser de ce pseudo complexe, comme l’ont fait nos voisins Espagnols, Anglais ou Allemands. Et puis je trouve cela idéal pour un premier film.
aV-aL : Penses-tu que le genre puisse gagner un jour une certaine respectabilité aux yeux des critiques, exploitants, voire même spectateurs français ?
Je l’espère sincèrement. Ce genre de film rencontre des succès notables à l’étranger, avec une “French touch” comme on dit. La richesse et la vitalité d’un cinéma national passent aussi par sa diversité. Il en faut pour tous les goûts.
aV-aL : Dans Frontières, Gens avait enrôlé de vraies célébrités. Francis Renaud et Hélène de Fougerolles étaient-ils tes premiers choix ou envisageais-tu des comédiens plus célèbres ?
D’abord, Hélène et Francis sont de vraies célébrités !
Ensuite, je n’écris jamais en pensant à des comédiens. Et pour donner vie à mes personnages, à ce couple, j’avais besoin de personnes enthousiastes et généreuses qui se donneraient à fond. J’ai été plus que comblé !

aV-aL : Tu as vu Hélène dans Les dents de la nuit ? Un autre bide français lié à l’épouvante...
J’ai vu le film. Hélène est très drôle dedans et nous montre une autre facette de son talent !
Je n’explique pas l’échec. Mais pour moi, ce n’est pas un film d’épouvante, c’est une comédie, très bien foutue d’ailleurs dans sa direction artistique.
aV-aL : Et des derniers shockers français (A l’intérieur, Martyrs...) , t’en penses quoi ?
Je n’ai pas encore vu Martyrs. Il faut être conscient que ces films ouvrent la voie. Ils ont tous un point commun : ils sont sincères, sans concessions et décomplexés. Et rien que ça, c’est énorme !
aV-aL : Tu n’as pas peur de la comparaison avec 28 jours plus tard et consorts.
Non. J’assume parfaitement le fait que 28 jours plus tard ait été une source d’inspiration pour moi. Tout comme La mouche de Cronenberg, ou The thing de Carpenter. Je n’ai pas fait un film à hommage ou à clin d’oeil, j’ai raconté l’histoire que j’ai imaginée, en intégrant ces références à mon propre univers.
aV-aL : De l’origine du projet au résultat final vu à l’écran, comment le script de Mutants a-t-il évolué ?
J’ai dû faire des concessions évidemment. Mais au bout du compte, l’histoire est celle que je voulais raconter. Le scénario est un objet mouvant. J’ai surtout resserré et retravaillé quelques scènes pour mieux intégrer le bâtiment perdu dans les montagnes, qui s’est imposé comme un personnage à part entière du film.

aV-aL : Un moment donné, le film devient un huis-clos amoureux désespéré. Tu n’as pas eu peur alors de perdre ton public, plus amateur d’action glauque que de romance impossible ?
Cette partie du film est l’une de mes préférées, intense, pesante et intime. C’est peut-être de là que Mutants tire sa singularité par rapport aux autres films d’”infectés”. Alors non, je n’ai pas peur ! Et j’espère même que le public va apprécier, parce que question “glauque”, c’est pas mal servi ! Et puis l’action revient très vite !
aV-aL : Que pourrais-tu dire à nos lecteurs pour leur donner envie de se jeter dans les crocs de tes mutants ?
Je dirais seulement d’aller voir le film en salles dans de bonnes conditions parce qu’on vous a mijoté une bande son en DTS qui déboîte ! Et puis les gars, emmenez vos copines, elles vont adorer !
aV-aL : Au fait, avant de se quitter, prêt à partir aux States pour un remake inutile ? (toute référence à Mirrors, The Eye et One missed call est involontaire, évidemment !)
We’ll see !
Merci pour tes réponses et bonne chance pour la sortie de Mutants.
Merci à vous et longue vie au site !
Propos recueillis par Frédéric Mignard (avril 2009)
