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My Week with Marilyn - la critique

Naissance du mythe

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Formellement classique, My Week with Marilyn rend un bel hommage à la star que l’on sait, mais vaut surtout par le regard qu’il porte sur ses acteurs et l’industrie du septième art

L’argument : Au début de l’été 1956, Marilyn Monroe se rend en Angleterre pour la première fois. En pleine lune de miel avec le célèbre dramaturge Arthur Miller, elle est venue tourner Le Prince et la Danseuse, film qui restera célèbre pour l’avoir réunie à l’écran avec Sir Laurence Olivier, véritable légende du théâtre et du cinéma britanniques, qui en est aussi le metteur en scène.
Ce même été, Colin Clark, 23 ans, met pour la première fois le pied sur un plateau de cinéma. Tout juste diplômé d’Oxford, le jeune homme rêve de devenir cinéaste et a réussi à décrocher un job d’obscur assistant sur le plateau. Quarante ans plus tard, Clark racontera ce qu’il a vécu au fil des six mois de ce tournage mouvementé dans son livre, The Prince, the Showgirl and Me. Mais il manque une semaine dans son récit…
Son second livre, Une semaine avec Marilyn, relate la semaine magique qu’il a passée, seul, avec la plus grande star de cinéma du monde.

Notre avis : Le triomphe de The Artist aux Oscars l’a confirmé. Une certaine tendance du cinéma est clairement à la nostalgie, et ce n’est pas un hasard si bon nombre de films en 2011 ont voulu rendre hommage aux vieilles ficelles du septième art (pensons à Super 8, entre autres). Pas un hasard non plus si écrivains et cinéastes se penchent sur la vie de stars déchues ou érigées en mythe telles que Marilyn et Jayne Mansfield. Dans cette configuration filmique engendrée peut-être par la crise et le catastrophisme ambiant (avec son inévitable revers : la nostalgie d’antan), plus sûrement par le désir de s’inscrire en porte à faux d’une "révolution numérique" qui bouleverse les pratiques habituelles du cinéma, My Week with Marilyn fait figure de film-symptôme, puisque non content de faire revivre une pléthore d’icônes (Vivien Leigh, Laurence Olivier, et bien sûr Marilyn), il les rassemble autour d’un tournage qui donne l’occasion de rendre hommage à l’esprit des studios


On l’aura compris, la nostalgie est le maître-mot du film, qui débute dans une salle obscure et n’aura de cesse d’y retourner lorsque seront visionnées les rush du film - un leitmotiv. Depuis les poses glamour de Williams jusqu’aux décors et costumes des années 50, en passant par le choix d’une narration omnisciente des plus classiques (voix off), My Week with Marilyn se présente d’abord comme un exercice de reconstitution filmique réussi. Certes, on peut s’agacer d’un certain maniérisme et de toutes ces poses "carte postale" que la star s’exerce à prendre - séquence dans une baignoire voluptueuse, débordante de mousse : un cliché parmi tant d’autres - mais Curtis filme l’ensemble avec un plaisir communicatif, et il faut bien reconnaître que même les défenseurs de la modernité filmique se laisseront prendre au jeu de cette résurrection talentueuse d’un monde qui a tout de même façonné des générations entières de spectateurs.

Trop scolaire à certains endroits, My Week with Marilyn présente le défaut de toutes les oeuvres bercées de nostalgie : il tend à coller à son propos avec le plus de véracité possible et, ce faisant, néglige l’innovation pour mieux user les vieilles ficelles du réalisme. Cela entraîne une mise en scène classique, trop classique sans doute, au regard des expérimentations que le sujet aurait pu permettre. Le décor hyper-traditionnel anglais, le scénario rythmé à la manière hollywoodienne, viennent appuyer cette illusion constante et qui, tout en étant appréciable par elle-même (en tant qu’exercice filmique) peine à dépasser le cadre un peu strict qu’elle s’impose.

Heureusement, le relatif effacement du style de Curtis laisse place aux acteurs qui portent à eux seuls le film et le font décoller de manière virtuose. Si Eddie Redmayne déçoit un peu dans ce rôle de "jeune premier", et si Emma Watson est tout à fait accessoire dans son rôle de costumière sage , en revanche le film fait la part belle au trio époustouflant composé par Michelle Williams, Kenneth Branagh (dans le rôle de Sir Laurence Olivier) et Zoe Wanamaker (Paula Strasberg, répétitrice redoutée de la star). Car c’est entre eux que tout se joue. L’opposition entre Strasberg et Sir Olivier (qui se mue parfois en une véritable rivalité, voire en une jalousie) devient en effet le symptôme d’un antagonisme plus large entre deux industries du cinéma : l’une vieillissante, shakespearienne, disons "classique" et l’autre montante, hollywoodienne, conforme aux méthodes de l’Actor’s Studio dont Laurence Olivier ne semble guère familier. Entre eux, le film fait état d’une incompréhension flagrante. Le Sir, qui relègue au second plan toute sa vie sentimentale pour se consacrer corps et âme à son film, peine en effet à comprendre les caprices de Marilyn qui se permet des retards culottés et pour qui le lieu du tournage n’est pas étanche : il est au contraire fissuré par les blessures de la vie quotidienne (de sa vie de couple entre autres), cette porosité entre l’artiste et la femme étant présentée comme la matière-même de son jeu. Cette opposition, que Curtis explore parfois avec des procédés audacieux, interrogeant par exemple la féminité de Sir Olivier (séances de maquillage), permet au film de faire planer la menace d’un abandon du tournage, qui constitue de ce fait le principal enjeu du scénario.


Tout repose en effet sur la figure irradiante de Marilyn. Le Prince et la Danseuse mais surtout, le film que Curtis lui consacre. Et de ce fait, Michelle Williams n’interprète pas un mais deux personnages : public et privé, être de chair et pur objet filmique (les séquences du Prince ont été rejouées). Entre toutes ces postures, le vide, la détresse et ce que l’on en sait. L’actrice passe de l’une à l’autre avec une facilité déconcertante. La beauté de son jeu réside dans un refus d’être Marilyn pour lui préférer une image, voire un fantôme, bref une figure protéïforme dont elle s’empare avec une virtuosité qui lui aurait largement valu un Oscar. Le film vaut quasiment pour sa seule performance et sa manière personnelle d’incarner un mythe sans jamais se laisser étouffer par le poids de l’idole qu’elle interprète.

Jean-Patrick Géraud




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