Durée : 1h44 (DVD) / 1h48mn (Blu-ray)
Titre original : Nosferatu Phantom der Nacht
Interdit aux moins de 12 ans
Le remake de Murnau par Herzog est un chef d’oeuvre malade dont l’austérité confine à l’épouvante. Brillant.
L’argument : A Wismar, les habitants meurent par centaines d’un mal présumé être la peste. Cette hécatombe est, en fait, l’oeuvre du vampire Dracula qui vient de s’établir dans une maison abandonnée de la ville. Personne ne peut enrayer l’épidémie, mais Lucy est prête à tout sacrifier pour venir à bout du monstre, au lever du jour...
Notre avis : Anti commerciale au possible, la relecture du roman de Bram Stoker par Herzog a été un franc succès en 1979 avec pas moins de 933.000 entrées en France et des critiques dithyrambiques. Pas mal pour une oeuvre austère, faite d’errance et de solitude sur un ton dépressif et malade.
Cette coproduction franco-allemande, qui a vu la puissante Gaumont s’associer à FilmProduktion était pourtant loin d’être un pari gagné. Dracula, en perte de vitesse au box-office, pâtissait un peu de l’image gothique poussiéreuse donnée par la surexploitation du mythe du vampire pendant plusieurs décennies, notamment dans les productions de la Hammer. Et puis le titre renvoyait explicitement à la première adaptation par Murnau, chef d’oeuvre inégalable de l’expressionnisme (voir ICI). Osant avec audace l’exercice du remake impossible, Herzog réussit pourtant l’exploit, à savoir la réalisation d’un chef d’oeuvre personnel et intemporel.
Herzogienne jusqu’au bout, la version contemporaine rappelle beaucoup Aguirre du même auteur, non seulement de par la présence incarnée de Klaus Kinski, mais aussi dans ses thèmes d’errance funeste. L’impression est évidente notamment à l’arrivée de Bruno Ganz dans les Carpathes, au début du métrage sur le Rheingold Prelude de Wagner. L’homme redevient cette figure d’explorateur dans un monde hostile où la nature est morbide. Le comte Dracula, ombre métaphorique de la peste, vermine des cales comme un rat, devient lui-même voyageur jusqu’en Allemagne, sur un navire où la maladie a raison de l’équipage.
Evoqué comme "le Maître des rats", Nosferatu n’est plus ici l’incarnation du Mal comme dans le film original, mais bel et bien une figure désespérée de la solitude. Sa difformité physique, son teint blâfard, ses mains froides, son appétence pour la vie en s’abreuvant du sang de victimes, hommes ou femmes, comme une évocation de sa bisexualité, cette passion soudaine pour la belle Lucy, à la jeunesse écrasée par la prémonition (elle est elle-même étrangement pâle et croit aux pressentiments)... tout renvoie à la détresse de Dracula. Telle la maladie, l’éternel Nosferatu, créature nocturne pathétique, ne pourra jamais être aimé du monde diurne représentée par celle dont il s’est épris. Une tragédie grandiose.
Pour apprécier le talent énorme d’Herzog, on comparera son adaptation du livre de Bram Stoker à celle médiocre de John Badham sortie quelques mois plus tard (Dracula avec Frank Langella, 1979) et à la suite de Nosferatu de pure exploitation donnée par des Italiens en 1988. Nosferatu in Venice fut d’ailleurs l’avant-dernier film de Klaus Kinski.