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Odyssey, the ultimate trip - la critique + test DVD

Malaise dans la civilisation

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- Durée : 1h22mn
- Sortie du DVD : 8 avril 2010

Gerard Damiano continue son exploration des fantasmes des Américains dans ce film pornographique au ton résolument pessimiste et même franchement désespéré. A découvrir.

L’argument : Odyssey relate trois percées intenses dans la libido américaine des 70’s : les fantasmes d’un homme marié perdu dans une maison de passe psychédélique, les émois d’une femme qui révèle ses frustrations à sa psychiatre et les illusions perdues d’une jeune mannequin, devenue escort girl par dépit amoureux.

Notre avis : Très connu pour avoir signé deux grands classiques du cinéma porno américain (Gorge profonde en 1972 et The devil in miss Jones l’année suivante), Gerard Damiano continue dans les années 70 ses expérimentations typiques d’un certain cinéma underground. Avec Odyssey, tourné en 1977, il ose s’attaquer à la sacro-sainte structure narrative en livrant ici trois histoires différentes où le spectateur ne sait jamais vraiment où finit l’une et où commence l’autre. Sur le modèle surréaliste du "cadavre exquis", Damiano abandonne donc des personnages en cours de route pour en suivre d’autres, et ceci à deux reprises. Autant dire que le résultat final ne ressemble donc à rien de connu, surtout si l’on ajoute à cela de nombreuses séquences fantasmées (qui donnent d’ailleurs l’occasion au cinéaste de laisser libre cours à une imagination érotique débridée, tout de même fortement tournée sur la fellation).
Grâce au jeu très juste des acteurs et à l’utilisation judicieuse d’une bande-son psychédélique qui devrait ravir les amateurs de musique progressive de l’époque, Gerard Damiano dresse le portrait d’une classe moyenne américaine déboussolée, coincée qu’elle est entre la révolution sexuelle de l’année 1968 et les tabous toujours prégnants d’une société très puritaine. Le premier segment, très réussi, évoque l’usure du couple et l’effacement progressif du désir chez deux partenaires qui se connaissent trop et n’ont pas l’imagination suffisante pour mettre du piment dans leur vie sexuelle. Le deuxième segment, le plus faible de tous, plonge le spectateur dans les fantasmes de ménagères de quarante ans, frustrées par le manque d’attention de leurs maris. Enfin, le plus beau de tous est le dernier court-métrage où le spectateur suit la déprime d’une call-girl au bord du suicide. Ce passage donne au métrage une tonalité désespérée qui tranche de manière singulière avec la production pornographique courante, faisant d’Odyssey un véritable film d’auteur, attachant par sa volonté de donner la parole aux femmes. On est donc loin de la dérive machiste que la plupart des productions des années 80-90 ont emprunté, et c’est tant mieux.


Le DVD

Ce film très rare méritait une édition de qualité. C’est chose faite désormais.

Les suppléments

Certes, l’éditeur ne nous propose qu’un seul bonus, mais de très grande qualité. Il s’agit d’un long entretien (environ 30 mn) avec l’actrice Sharon Mitchell qui revient en détail sur son parcours professionnel, mais aussi personnel. De son entrée volontaire dans le porno afin de faire rager ses parents jusqu’à son départ d’un milieu qu’elle ne supportait plus, en passant par son problème de dépendance envers la cocaïne, elle est d’une sincérité bouleversante. Le sommet de l’interview intervient lorsqu’elle évoque sans détour le viol dont elle a été victime. Avec émotion, elle démontre donc que son parcours s’apparente à une descente aux enfers dont elle est aujourd’hui sortie. Impressionnant.

Image

Bien sûr la copie n’est pas immaculée, mais ce film underground est tout de même proposé dans une qualité appréciable. La définition est de qualité, de même que la colorimétrie. Les contrastes, eux, ne sont pas toujours bien gérés, mais cela respecte aussi les faiblesses inhérentes à ce type de productions indépendantes.

Son

Même si les dialogues sont peu nombreux, il est impératif de découvrir le film en version originale sous-titrée pour vraiment l’apprécier. Les deux pistes (française et anglaise) sont proposées dans un mono tout à fait acceptable, même si un léger souffle s’invite de temps à autre.

Le petit cochon


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