Troisième volet d’un triptyque avec l’actrice Carroll Baker, Paranoia est un thriller à l’ambiance chabrolienne. Si le soufre attendu n’est pas vraiment là, le divertissement est garanti.
L’argument : Victime d’un accident de voiture lors d’une course automobile, la belle et riche Helen s’accorde une convalescence méritée auprès de son ex mari, Maurice et de la nouvelle épouse de ce-dernier, Constance. Au fil des jours passés dans la villa, l’atmosphère se réchauffe et Helen renoue avec Maurice tout en recevant également les avances de Constance. Cette dernière ne supporte plus les infidélités de son époux et imagine de le supprimer avec l’aide d’Helen mais la jeune femme, retombée amoureuse de Maurice, prend parti pour celui-ci.
Notre avis : Habile artisan du cinéma de genre italien, le réalisateur Umberto Lenzi n’a jamais anticipé une mode mais s’est fait une spécialité de reproduire les succès internationaux dans des séries B soit honnêtes, soit franchement médiocres. Dans une filmographie riche de plus de 75 titres, le cinéaste a œuvré dans tous les genres possibles pour peu qu’ils soient à la mode au moment du tournage. Après avoir signé quelques péplums au début des années 60, il se tourne au milieu de la décennie vers le polar à forte teneur hitchcockienne. Avant de succomber aux sirènes du giallo, Lenzi s’inspire davantage du maître du suspense en tournant un triptyque interprété par la belle Carroll Baker, actrice américaine dont la carrière commençait à battre de l’aile dans son pays. Lenzi lui offre donc ce triptyque sur un plateau : Une folle envie d’aimer (plus connu sous son titre original Orgasmo en 1969), Si douces, si perverses (1969) et Paranoïa qui clôt ce cycle en 1970.
Ici, point de délires sanguinolents, ni de fétichisme comme dans les futurs gialli tournés au début des années 70. Le réalisateur préfère illustrer avec un réel sens de l’efficacité un script qui semble amplement inspiré par les œuvres françaises des années 50. Effectivement, ce n’est pas tant l’influence d’Hitchcock qui transparaît dans Paranoïa que celle des polars français à la Claude Chabrol. Dans la relation trouble qui s’instaure entre des personnages pervers, on ressent davantage l’influence des Diaboliques (1955) d’Henri-Georges Clouzot, tandis que le décor méditerranéen nous fait songer au Plein soleil (1960) de René Clément. Toutes ces oeuvres étant elles-mêmes fortement influencées par le film noir américain des années 40. Autant de références prestigieuses qui font de ce polar un décalque plutôt habile de ce qui a déjà été fait ailleurs avec succès. Lenzi ne cherche pas forcément à dissimuler ses influences et se contente d’emballer avec un maximum d’efficacité un divertissement à base de rebondissements que certains pourront juger absurdes. Là où d’autres cinéastes auraient usés de subtilité pour illustrer un script bien pervers (on pense à ce que Chabrol aurait pû tirer d’une telle histoire), Umberto Lenzi sort la grosse cavalerie et abuse d’effets lassants (le zoom devient une figure de style à part entière ici). De même sa direction d’acteurs est loin d’être exemplaire : Jean Sorel et Anna Proclemer ont ainsi bien du mal à exprimer les sentiments de personnages pourtant délicieusement troubles.
Loin d’être un incontournable du genre, Paranoïa demeure un divertissement certes perfectible, mais qui devrait tout de même ravir les amoureux du cinéma de genre transalpin, y compris jusque dans ses maladresses.