Durée : 1h25mn
La réalisatrice de La nouvelle Ève fait rimer passion et dépression dans un drame domestique radical. Il manque juste un zeste d’émotion.
L’argument : Suzanne a la quarantaine. Femme de médecin et mère de famille, elle habite dans le sud de la France, mais l’oisiveté bourgeoise de cette vie lui pèse. Elle décide de reprendre son travail de kinésithérapeute qu’elle avait abandonné pour élever ses enfants et convainc son mari de l’aider à installer un cabinet. A l’occasion des travaux, elle fait la rencontre d’Ivan, un ouvrier en charge du chantier qui a toujours vécu de petits boulots et qui a fait de la prison. Leur attraction mutuelle est immédiate et violente et Suzanne décide de tout quitter pour vivre cette passion dévorante.
Notre avis : Catherine Corsini ouvre son dernier film par une prolepse. Kristin Scott Thomas se lève dans la nuit, abandonne son mari, interprété par Yvan Attal, au lit et, plan suivant, vu de l’extérieur de la maison, un coup de carabine retenti. Un avant-goût radical de la fin de Partir, qui marque, neuf ans après La répétition, le retour de la réalisatrice dans un genre dépressif où s’entremêlent passion, jalousie et mort.

Le caractère froid et clinique de l’acte (en adéquation avec le design géométrique de la maison bourgeoise où le couple vit) sera expliqué tout au long du récit par la chute inexorable du personnage de Kristin Scott Thomas dans la passion tardive pour son amant (Sergi Lopez), et finalement la dépression qui s’ensuit. Alors qu’elle se laisse aller à une sensualité palpable à l’écran lors de scènes charnelles évocatrices, son personnage de femme se remet complètement en question et, guidé par la puissance de ses sentiments, abandonne tout. Le domicile conjugal, avec mari, enfants et fortune... L’acte spontané, voire adolescent, propulsé par un coup de foudre pour un ancien taulard dans la galère, répond à une inexorable envie de vivre qui efface tous les acquis d’une vie bien remplie (la stabilité familiale, les liens sociaux, mais aussi les perspectives professionnelles).

Soudainement dans la peau d’une prolétaire vieillissante, le personnage de Suzanne qui n’aimerait vivre que d’amour et d’eau fraiche pour s’installer au sommet d’une colline catalane avec l’homme de sa nouvelle vie, subit les représailles du mari. Celui-ci, notable de la région de Nîmes, refuse le divorce et empêche les amoureux adultères, criblés de dettes, de trouver un travail en exerçant une pression abusive. L’aspect social plombe la passion quotidienne du couple ; il n’est pas facile de s’aimer innocemment quand on n’a plus rien pour payer son loyer ou faire un plein d’essence.
Corsini décrit alors, à travers le jeu formidablement dépressif de Kristin Scott Thomas, une situation financière qui fait écho au quotidien de la foultitude, pour qui s’aimer dans le glamour n’est pas évident quand les portes de la société se ferment les unes après les autres. La cinéaste, après avoir décrit le rapport amoureux via des scènes d’harmonie et d’extase, ressert l’étau de la passion jusqu’au désespoir et nous conduit de ce fait à l’acte radical qui ouvrait le métrage. Une conclusion répondant à la psychologie exsangue des personnages qui nous laisse toutefois aussi pantois que sans émotion. On y avait pourtant été bien préparés.

Par Avatar
Vous dites à propos de Suzanne : "Soudainement dans la peau d’une prolétaire vieillissante". Peut-être, mais alors à son corps défendant... plutôt contrainte, dirait-on, de jouer les prolos, et encore, de loin et vraiment pas longtemps... Ce fim m’a fait l’effet d’un gros feuilleton, cousu de fil blanc. Même si les acteurs sont bons... S. Lopez n’est pas à la fête, le pauvre, on ne sait presque rien de lui sinon qu’il a fait un peu de gnouf "pour des bricoles" (on est rassurés, comme dit l’autre), qu’il n’est très futé, enfin, il subit (...)
Par roger w
Retour au drame passionnel pour Catherine Corsini qui signe un film un peu trop classique dans son déroulement. Son hommage à François Truffaut et notamment à "la femme d’à côté" est un peu trop évident. Toutefois, les acteurs et surtout KS Thomas sont formidables et font passer cette belle histoire d’amour fou comme une lettre à la poste.