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Pirates des Caraïbes 4 : la Fontaine de Jouvence - la critique

Festival Johnny Depp, 4ème édition

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Malgré le naufrage annoncé, ce quatrième opus surprend agréablement. L’intrigue tient certes sur un timbre poste, mais parvient à retrouver la fraîcheur du 1 et à faire oublier les boursouflures des 2 et 3. Mais attention au risque d’indigestion en cas de suites, d’ores et déjà annoncées.

L’argument : Dans cette histoire pleine d’action, où vérité, trahison, jeunesse éternelle et mort forment un cocktail explosif, le capitaine Jack Sparrow retrouve une femme qu’il a connue autrefois. Leurs liens sont-ils faits d’amour ou cette femme n’est-elle qu’une aventurière sans scrupules qui cherche à l’utiliser pour découvrir la légendaire Fontaine de Jouvence ? Lorsqu’elle l’oblige à embarquer à bord du Queen Anne’s Revenge, le bateau du terrible pirate Barbe-Noire, Jack ne sait plus ce qu’il doit craindre le plus : le redoutable maître du bateau ou cette femme surgie de son passé...

Notre avis : Après un rafraîchissant premier opus en 2003 qui avait le mérite de relancer honorablement le film de pirates tout en offrant un rôle en or à Johnny Depp, Pirates des Caraïbes était devenu une franchise comme une autre, aux suites fun mais inutiles, tournant dangereusement à vide durant plus de deux heures. S’il y avait des choses à sauver dans le 2 (certaines scènes d’action jouissives et l’humour), le 3 semblait montrer les limites du concept : boursouflé à bloc, le film s’embarrassait d’éléments inutiles censés renforcer l’aspect spectaculaire (la terrifiant déesse Calypso, rien que ça), mais tombait complètement à plat. Dans ces circonstances, dire que personne ne fondait de grands espoirs sur ce quatrième volet tient de l’euphémisme.
Et pourtant... malgré ces à priori, force est de constater que l’équipe de Jerry Bruckheimer est parvenue à redresser la barre, en se rapprochant davantage de l’esprit du premier opus, qui se concentrait sur la vie des pirates. La formule est certes la même, et cela pourra en ennuyer certains, mais le plaisir que l’on prend à retrouver le capitaine Jack Sparrow est réel. L’intrigue, il faut l’avouer, tient sur un timbre poste, mais dans ce cas précis, cette simplicité joue en faveur du film puisque les volets 2 et 3 faisaient mine d’avoir de multiples histoires complexes dont ils se fichaient bien. En s’en tenant ainsi au strict minimum, les situations ont suffisamment de place pour exister et paraître justifiées, même si elles sont en fin de compte éculées.
Le tandem Johnny Depp-Penelope Cruz fonctionne bien, même si les admirateurs de la belle pourront toujours regretter qu’elle joue encore une fois les intrépides bombes latines sans distinctions aussi notables que les personnages de Jack Sparrow ou Barbosa (Geoffrey Rush, égal à lui-même, c’est-à-dire excellent). Cela dit, l’actrice a suffisamment de charisme pour ne pas paraître fade et c’est le moins qu’on pouvait attendre d’elle pour tenir tête à Depp de manière crédible. Leur histoire d’amour passée est toujours évoquée sur le ton de la plaisanterie, ce qui permet au film de ne pas sombrer dans un sentimentalisme éloigné par nature de la personnalité de l’excentrique capitaine.
La véritable originalité et réussite de La Fontaine de Jouvence, en fin de compte, réside dans des passages très efficaces mettant en scène des sirènes, mi-femmes mi-poissons mais également mi-anges mi-démons, charmant les marins de leur beauté époustouflante pour mieux les dévorer. La longue scène où une dizaine de ces créatures mythiques attaquent les pirates à la solde de Barbosa est sans doute la plus impressionnante et mémorable du film, d’autant plus qu’il est difficile de se souvenir de longs-métrages mettant ainsi en avant la nature duale des sirènes. L’histoire d’amour entre le pasteur retenu prisonnier par Barbe Noire (Sam Claflin) et l’une de ces créatures, très originalement appelée Syrena (Astrid Berges-Frisbey), bien qu’elle soit plus conventionnelle et réminiscente du conte d’Andersen, n’en demeure pas moins convaincante et même assez émouvante.
Pour le reste, Pirates des Caraïbes : la Fontaine de Jouvence se regarde avec le plaisir aussi superficiel que communicatif que l’on peut prendre devant un pur cinéma d’attraction, mais son côté assurément fun et léger ne l’empêche pas, cette fois-ci, de rester tout à fait honorable. L’intrigue de la fontaine en question lorgne très clairement du côté d’Indiana Jones et la dernière croisade (1989), notamment dans son dénouement, sans toutefois jouer aussi finement du suspense puisque les "rebondissements" sont attendus. Quant à la réalisation de Rob Marshall, qui prend ici la succession de Gore Verbinski, difficile de la démarquer en quelque point que ce soit de celle de son prédécesseur, ce qui était sans doute l’idée.
Au final, ce quatrième opus est une bonne surprise qui devrait ravir, à défaut de surprendre, les amateurs de Pirates des Caraïbes : La malédiction du Black Pearl et redonner un semblant de respectabilité à la franchise. Cela dit, est-ce qu’un reboot (dont La Fontaine de Jouvence est le "premier" volet) avec, à la clé, deux films supplémentaires est bien nécessaire ? Même s’ils devaient égaler en qualité celui-ci, il n’est pas dit, en effet, que l’intérêt demeure. Tout aussi apprécié que soit le personnage de Jack Sparrow, la franchise, véritable festival Johnny Depp, pourrait bien finir par provoquer une sérieuse indigestion.

Cécile Desbrun


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