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Pluie - la critique + le test DVD

Sale temps pour les prêcheurs

- Sortie du DVD : 25 janvier 2012

Dotée d’une réalisation efficace, cette adaptation de Somerset Maugham vaut surtout le coup d’œil pour la magnifique prestation de Joan Crawford. Le scénario, lui, n’est pas vraiment à la hauteur.

L’argument : Sur l’île de Pago Pago, Sadie, une prostituée, débarque en même temps qu’un missionnaire, Alfred Davidson... Sadie s’entend à ravir avec les soldats stationnés sur place, ce qui n’est pas du tout du goût de Davidson. Il va donc s’efforcer de la convertir, ce qu’elle refuse, puis faute de mieux, tenter de la renvoyer à San Francisco d’où Sadie s’est enfuie pour de mystérieuses raisons...


Notre avis : Cette seconde adaptation du roman Miss Thompson de Somerset Maugham après la version muette avec Gloria Swanson intitulée Sadie Thompson (Raoul Walsh, 1928) avait tout pour être un triomphe au box-office américain. Effectivement, le film bénéficie de la contribution artistique de Joan Crawford, nouvelle star qui vient tout juste de triompher dans le Grand hôtel (1932) d’Edmund Goulding où elle éclipsait Greta Garbo, ainsi que du talent du réalisateur Lewis Milestone qui vient de dégoupiller son chef d’œuvre A l’ouest, rien de nouveau (1930) et l’excellent The front page (1931). Autant d’atouts qui devaient faire de Pluie un succès. Pourtant, les spectateurs ne se déplacèrent pas et le film est tombé très rapidement dans l’oubli, ceci malgré la magnifique prestation de son actrice principale.
Esthétiquement proche de l’expressionnisme des films muets, Pluie parvient à faire oublier son origine théâtrale (les scénaristes s’inspirent de la pièce tirée du roman de Maugham) par une réalisation très dynamique. Malgré le nombre conséquent de passages dialogués, le réalisateur ne pose jamais sa caméra qui s’insinue entre les meubles et les personnages. En multipliant les travellings et les panoramiques, Milestone s’affranchit de l’espace confiné de la petite maison où se déroule l’intégralité du film et aère considérablement son récit. Il filme ainsi le travail des indigènes avec une belle attention et s’attarde sur la reconstitution d’une ambiance tropicale chaude et humide à la fois. Malheureusement, si le métrage est formellement irréprochable, on ne peut pas en dire autant de sa progression narrative, plus chahutée. Il est effectivement assez difficile de comprendre les brusques changements de comportement du personnage de Joan Crawford, fille perdue qui tombe totalement sous l’influence d’un religieux illuminé. Certes, on comprend que les deux personnages principaux, d’abord opposés, succombent à une fascination réciproque qui va même jusqu’à l’amour. Pour autant, les multiples volte-face de la sulfureuse fille perdue paraissent trop brusques pour pleinement convaincre.
Il était bien sûr difficile à l’époque d’évoquer l’amour entre une ancienne prostituée et un homme d’Eglise (d’autant que ce dernier est présenté comme un être halluciné, à la lisière de la folie), mais Pluie n’arrive pas à suggérer les sentiments interdits qui lient les deux êtres. Même la tentative d’expliquer ce qui leur arrive par la sorcellerie (une sorte d’envoûtement vaudou) ne convainc pas. Portée par un réel brio formel, cette seconde version de l’œuvre de Somerset Maugham n’est donc pas exempte de défauts. Elle restera uniquement dans les mémoires des cinéphiles pour la prestation de la divine Joan Crawford.


Le DVD :
Techniquement peu probante, cette édition permet toutefois de découvrir un film très rare.

Les suppléments :
0
Perdus durant la traversée.

Image :

Malgré la volonté de l’éditeur de proposer des masters restaurés, celui de Pluie a souffert des affres du temps. Non seulement la copie manque de définition, mais elle se couvre parfois de griffures, brûlures et autres points blancs, tandis que certains plans sont instables.

Son

L’unique piste mono en version originale sous-titrée n’est guère satisfaisante. Elle fait vaguement illusion durant la première partie du film, mais se révèle trop étouffée par la suite. A force de vouloir éliminer tout souffle disgracieux, la restauration a supprimé tous les bruits d’ambiance, tandis que les voix semblent étrangement assourdies.

Virgile Dumez

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