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Point blank, le point de non-retour - la critique

Thriller psychédélique

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- Durée : 1h32mn
- Titre original : Point blank
- Année de production : 1967

D’une implacable violence, ce thriller de John Boorman compense ses faiblesses narratives par une invention formelle de chaque instant. A redécouvrir d’urgence.

L’argument : C’est pour le compte de son ami Reese que Walker, accompagné de sa femme, récupère dans la prison désaffectée d’Alcatraz un magot de 93 000 dollars. L’opération réussit. Reese abat Walker et emmène sa femme, qu’il convoitait depuis longtemps. Seulement Walker n’est pas mort et n’a de cesse de châtier Reese et ses complices.

Notre avis : Lorsque des producteurs américains décident d’adapter à l’écran une nouvelle relativement faible de Donald E. Westlake, l’acteur Lee Marvin propose immédiatement de confier la réalisation du long-métrage à un jeune anglais dont il a apprécié la fraîcheur de son premier film (Catch us if you can en 1965). D’un indéfectible soutien envers son réalisateur, Marvin lui permet de mener à bien toutes ses expérimentations et lui accorde même le final cut contre l’avis des exécutifs du studio. Visiblement conscient du caractère très classique de l’intrigue initiale, Boorman décide de pallier les manques du scénario par une constante innovation sur le plan formel. Très influencé par les nouvelles vagues qui sévissent un peu partout en Europe, le réalisateur s’autorise un premier quart d’heure totalement sous acide où le montage non linéaire suit le stream of consciousness du personnage principal. Multipliant les décalages entre l’image et le son, Boorman se joue des conventions pour mieux perdre le spectateur dans un déluge de sons et d’images brutales. Tendu comme un garrot, ce premier quart d’heure tétanisant est l’occasion pour le cinéaste de déployer une maestria formelle qui épate encore aujourd’hui.
Si la suite du long-métrage est davantage linéaire, l’auteur travaille chaque plan à l’extrême en jouant sur les perspectives et les angles de caméra. Comme prisonniers d’une architecture moderne et impersonnelle, les personnages ne semblent être que des pantins voués à l’autodestruction dans un monde froid. La vision que donne le cinéaste de la société américaine glace les sangs puisqu’il insiste sur la corruption de toutes les élites. En faisant de ses truands des cols blancs, il anticipe même les dérives actuelles du banditisme financier. Toutefois, ce beau dispositif formel ne serait rien sans l’interprétation magistrale de Lee Marvin. Dès qu’il apparaît à l’écran, il porte en lui une dose de violence impressionnante qui le rend immédiatement crédible en implacable vengeur. Pourtant, de manière assez ironique, son personnage ne tue personne durant la totalité du métrage puisque tous ses ennemis s’entretuent, se suicident ou meurent par accident. Une manière supplémentaire pour Boorman de signifier que la société américaine, entièrement fondée sur la violence, finira par se détruire elle-même. Un constat amer, mais ô combien visionnaire pour l’époque. Toujours d’une grande modernité, Le point de non-retour sera de nouveau visible au cinéma en copies neuves dès le 12 janvier 2011. Histoire de se souvenir à quel point John Boorman fut un très grand cinéaste.

La bande-annonce : ICI

Virgile Dumez


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