Interdit aux moins de 16 ans
L’oeuvre incandescente de Liliana Cavani... Toujours aussi sulfureuse, 35 ans après sa sortie.
L’argument : Vienne, 1957. Max travaille comme portier de nuit dans un grand hôtel. Un jour, arrive Lucia, en voyage avec son mari. Il suffit alors d’un regard pour que leur passé commun resurgisse : ancien officier SS, Max a entretenu avec Lucia une histoire d’amour passionnelle et brutale alors qu’elle était prisonnière dans un camp de concentration…
Notre avis : Le film scandale à plus d’un titre, classé X aux USA, diffusé avec un joli carré blanc à la télévision française dans la première moitié des années 80, l’oeuvre extrême qui scandalisa la moitié de la presse mondiale en 1974, offusquée de voir les rapports sado-maso entre un ancien nazi et une victime retrouvée à Vienne en 1957.
De par son sujet, l’oeuvre de Liliana Caviani (tournée moins de 30 ans après la fin de la guerre) crée le malaise. L’Europe de l’époque se reconstruit dans l’hypocrisie, celle des procès de criminels de guerre qui échappent au couperet de la justice, s’obstinant dans la nostalgie du IIIe Reich, tout en se fondant dans la masse, plutôt bourgeoise, d’une société qui essaie de tourner la page. Cette Europe de la renaissance est moribonde ; il y traîne un climat de mort, proche des Damnés ou de Mort à Venise de Visconti, voire de Salo ou les 120 jours de Sodome de Pasolini, s’il ne faut citer qu’une oeuvre italienne contemporaine, et la plus notoire.
Avec une photographie froide, Cavani ausculte les non-dits, les interdits. Sa caméra dotée d’une perspicacité qui s’attache à retranscrire toute la perversité humaine et donc les failles psychologiques de l’Homme, se niche dans les recoins les plus sombres de l’individu. La relation extrême entre l’ancien bourreau et sa jeune victime retrouvée plus de dix ans après la fin de l’extermination systématique du peuple juif, se poursuit dans une humiliation que d’aucuns trouveraient scandaleuse, mais qui ici sonne comme une valse désespérée vers la mort, une forme de suicide par le retrait progressif d’une société exsangue, une catharsis par la purge. La catharsis tant réclamée par le peuple ?
Dans des rôles décadents qu’ils ont souvent affectionnés, Dirk Bogarde (déjà dans Mort à Venise) et Charlotte Rampling (vue précédemment dans l’incestueux Dommage qu’elle soit une p... de Giuseppe Patroni Griffi offrent un visage sublime au Mal et au plaisir indescent recueuilli dans la souffrance. Leur composition est exemplaire, dans une oeuvre, qui si elle ne peut pas prétendre à l’être, demeure à bien des égard un monument de subversion des décennies après sa sortie originelle.
En Edition Collector 2 DVD & Blu-ray à partir du 26 Octobre 2011
