Téléfilm chabrolien sur fond de crise. Quel ennui !
L’argument : Georges, un patron de chantier naval, est lâché par sa banque. Il devra se battre jusqu’au bout pour tenter de sauver l’entreprise qu’il a passé sa vie à construire.
Notre avis : Après le pertinent Les liens du sang, biopic criminel ancré dans les années 70, Jacques Maillot revient mettre son nez dans la crise. Récemment des drames comme Toutes mes envies, Une vie meilleure et Dans la tourmente ont déjà livrés des introspections de destinées broyées dans les affres d’un système financier aveugle.
Ici, rien de bien nouveau, si ce n’est que Maillot se place du côté du chef d’entreprise, lui aussi rongé par les dettes ou du moins par les perspectives qui lui sont peu favorables et qui le condammnent aux yeux de ses créanciers à un plan social et à une rigueur qu’humainement il abhorre. Lui, le bon patron d’un chantier naval pourtant prospère, proche de ses employés, dans le respect total de l’ouvrier et des syndicats, représentant d’une époque plus franche où l’on prenait les décisions en famille ou entre amis...le voilà muselé, asphyxié, contraint aux licenciements en masse, s’il ne veut pas connaître l’inévitable faillite.
La louable intention de mêler les conflits intérieurs du boss, de ses hommes et d’établir la complexité du monde syndical qui attise un feu qu’il ne peut plus parfois étouffer, est ici diminué par de nombreux facteurs. On se lasse de la facture télévisuelle de la réalisation, sans grandes idées, quand les personnages, assez édulcorés ou caricaturaux (le banquier) n’apportent pas grand chose à l’intrigue. Pourquoi Maillot se défausse-t-il si vite du jeune couple d’ouvriers qui semble promis à jouer un grand rôle dans la lutte et qui, pour le coup, apporte une rage au film ? Pourquoi insérer un épisode mafieux russe, avec un détour par Moscou qui est surtout l’occasion d’une histoire d’amour à laquelle on ne croit pas. Enfin, dans un film en demi-teinte, assez mou du genou, pourquoi la scène finale nous fait-elle basculer de façon aussi radicale dans le drame Chabrolien dont le spectateur ne sort pas indemne ? Toutefois ici, contrairement au défunt Chabrol, maître du genre, la gratuité de la chute finale ternit le propos du film et se pose en totale contradiction avec le réalisme social des premiers instants. La métaphore brutale via un meurtre sur la fin rompt avec la dignité touchante du patron dont on appréciait l’indicible tourmente.
Au final, Maillot rate sa Mer à boire et même Daniel Auteuil paraît un peu exsangue dans un rôle qui ne rend pas service à une carrière qui bat sérieusement de l’aile depuis un certain temps ! Un acteur de sa trempe méritait vraiment mieux !

Copyright Photos : Wild Bunch Distribution