Parmi les bonnes surprises de la rentrée, les spectateurs pourront découvrir le docu fiction Putty Hill. Film perspicace, ce beau moment d’indépendance cinématographique vaut pour le regard réaliste de son cinéaste, un enfant de Baltimore, qui aime à livrer une introspection sensible de vérité des quartiers, donnant la parole à une jeunesse paumée, brisée par le système. Parole à Matthew Porterfield...
aVoir-aLire : Putty Hill s’apparente au genre du documentaire, sans en être vraiment un. Les dialogues étaient-ils écrits à l’avance ou laissiez-vous les acteurs improviser ?
Matthew Porterfield : L’intégralité des dialogues ont été improvisés. J’ai donné aux acteurs une description d’un personnage fictif, Cory, le jeune homme décédé d’une overdose d’héroïne, qui est au centre du film, et je leur ai indiqué quel était leur lien personnel avec celui-ci. Quand, dans le film, qui est monté comme un reportage, je les interrogeais, ils me répondaient avec un mélange d’informations sur leur vraie vie et des éléments qu’ils inventaient sur la vie de Cory.

Comment avez-vous choisi vos jeunes comédiens ?
A l’origine, j’ai passé un an à chercher un casting pour un projet intitulé Metal Gods, qui était entièrement écrit, avec des dialogues. C’est finalement devenu Putty Hill faute d’avoir réussi à rassembler le budget nécessaire pour le tourner.
J’ai vu défiler plus de 500 personnes, de milieux sociaux totalement différents. Pour Putty Hill, tous les comédiens que j’ai choisis ont été filmés dans leur environnement, chez eux, dans leur terrain de skate, dans leurs rues. J’ai appris à les connaître et aujourd’hui encore, nous sommes très proches les uns des autres. Ce sont des amis.
Qu’en est-il de la chanteuse Sky Ferreira, qui tient un rôle important dans votre film. Etait-elle déjà une vedette quand vous l’avez choisie ? Qu’a-t-elle apporté au projet ?
Je l’ai trouvée sur MySpace. Elle voulait alors devenir une pop star et n’était pas encore la vedette qu’elle est devenue aujourd’hui. C’est la seule dans l’histoire qui n’est pas de Baltimore. En fait, elle est de Los Angeles. Ce paramètre, ainsi que sa sensibilité, a apporté un mélange satisfaisant de confiance et de vulnérabilité au projet.

Votre film est à la fois extrêmement lumineux et sombre. Quel est le rôle de la lumière dans le film ?
La lumière est à mes yeux et à ceux de mon directeur de la photographie, Jeremy Saulnier, essentielle. Jeremy mélange lumières naturelle et artificielle mais toujours dans une optique de privilégier le rendu naturel. Je lui fais entièrement confiance dans ses choix. Nous partageons une esthétique et la même idée d’un rythme visuel où la lumière joue un rôle phare.
La vision du Baltimore qui ressort de votre film est celle d’une ville défavorisée. Quelle est la situation économique à Baltimore ?
La ville est frappée par un fort taux de chômage et d’emplois précaires. Je sais que les acteurs qui jouent dans Putty Hill devront se battre pour subvenir aux besoins de leurs familles. Ce n’est pas facile. Heureusement, d’un autre côté, Baltimore n’est pas une ville où le niveau de vie est trop élevé. Cela permet beaucoup de créativité. Les familles que l’on voit dans le film sont toutes créatives, à leur façon.

Etes-vous optimiste concernant l’issue des prochaines élections présidentielles américaines ? On parle beaucoup actuellement de la montée de l’ultra-conservatisme du Tea-pot party.
J’évite de parler politique aux USA. C’est trop démoralisant. J’espère toutefois que nous serons suffisamment intelligents pour ne pas tomber dans les pièges d’un parti qui nourrit la haine et la peur de l’autre.
Dans le paysage cinématographique américain favorable aux divertissements, est-ce difficile aujourd’hui de produire une oeuvre indépendante, avec un profil peu commercial ?
C’est très difficile, effectivement, mais nous y sommes arrivés, malgré toute les difficultés rencontrées sur notre passage.

Et la vente à l’étranger, est-ce facile pour ce type de cinéma intimiste ?
Notre sortie française est plus importante que ce qu’a pu être la sortie américaine. C’est excitant de voir ce qui se passe autour de sa réception française. Lors de l’avant-première à laquelle j’ai assisté, le public a posé des questions riches et perspicaces. Cela m’a donné l’impression que les Français comprenaient mieux mon cinéma.
Diriez-vous que votre sensibilité est plus européenne qu’américaine ?
Je suis américain et il n’y a rien que je puisse faire pour y échapper. Cela m’influence dans tous mes choix et décisions. Toutefois, j’ai une forte attirance pour le cinéma européen et ses traditions. Je ne me rattache pas particulièrement à la scène indépendante américaine, en ce qui concerne le cinéma contemporain, j’en ai une vision plus globale.
A l’instar de John Waters, vous vous focalisez sur votre ville, Baltimore. En quoi votre vision de Baltimore est-elle différente de la sienne ?
John est un ami et une source d’inspiration. Il m’a donné de bons conseils. Mais mon obsession à moi, c’est le réalisme au cinéma, ce que je vois tous les jours, alors que John aime aller dans l’extrême et l’absurde, il aime s’amuser des tabous. C’est peut-être son quotidien à lui. C’est bon d’avoir plus d’un regard sur la ville. Baltimore est certes une petite ville, mais elle est plein de vie.
La critique de Putty Hill : ICI
Putty Hill, sortie française le 7 septembre 2011
