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Quand je serai petit - la critique

Petit cinéaste deviendra grand

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Note moyenne des internautes :

Quatre ans après l’intéressant mais timoré Sans arme, ni haine, ni violence, Jean-Paul Rouve reprend sa casquette de metteur en scène et nous livre une oeuvre d’une grande poésie, en s’affirmant par la même occasion comme un cinéaste au talent rare.

L’argument : À l’occasion d’un voyage, Mathias, 40 ans, croise par hasard un enfant qui lui fait étrangement penser à lui au même âge. Profondément troublé, il se lance dans une quête insensée sur les traces du petit garçon qui risque bien de bouleverser son existence et son équilibre familial… Et si l’on pouvait revivre son enfance, pourrait-on alors changer le cours des événements ?

Notre avis : Nombreux sont les acteurs qui s’essayent à la mise en scène mais peu sont finalement ceux qui arrivent à s’affranchir de leur métier originel, préférant mettre en valeur dans le cadre leur propre jeu ou celui de leurs collègues. Ce qui frappe dès les premières minutes de ce Quand je serai petit, c’est la manière dont Jean-Paul Rouve arrive à créer une ambiance mystérieuse en quelques plans, par la simple utilisation d’un découpage lent et vaporeux, en laissant les images s’exprimer... Un couple prend place dans un bateau pour effectuer une croisière. Sur le pont du navire, le regard de Mathias, le mari, est attiré par un enfant qui lui fait penser à lui-même quand il avait son âge. En l’observant, il remarque que ce dernier se comporte de manière similaire à ses propres actions. A son retour à Paris, cette rencontre obsède l’homme qui, grâce aux indices qu’il aura glané sur le navire, ne va pas tarder à retrouver le mystérieux petit garçon.
Sa quête se poursuit au nord du pays, dans un Dunkerque filmé en pleine lumière, traduisant la tendresse que porte l’auteur à sa ville natale. Rouve continue de jouer la carte de l’économie de dialogues, privilégiant la poursuite de la mise en place d’une ambiance hypnotique au détriment de l’action. Sans explication superflue, en suivant simplement le personnage de Mathias dans ses recherches, on comprend rapidement que l’enfant est réellement lui-même, habitant dans la même famille que celle où il vivait il y a plus de trente ans. Jamais le récit ne cherchera à rationaliser cet état de fait. Choix judicieux car le spectateur, emporté par l’émotion que transmet Rouve par la seule force de ses images, se moque bien de la cohérence de ce qui se passe à l’écran.
Se refusant à intellectualiser une histoire flirtant parfois avec le fantastique, Rouve se concentre alors sur les conséquences d’une telle rencontre. Repoussant avec pertinence la scène tant attendue du premier contact entre Mathias adulte et son jeune homologue, il prend son temps pour nous présenter cette famille d’apparence banale, solidifiant ainsi les enjeux de son récit au gré d’aller-retours temporels pertinents, symbolisés par les incessants voyages qu’effectue le personnage principal, entre Paris et Dunkerke. Le présent et le passé s’entrechoquent, les personnages, jeunes et vieux, se répondant dans un jeu de miroir à la force poétique rare. On cerne peu à peu les personnalités de chacun, les secrets derrière les non-dits et le drame qui a frappé l’enfance de Mathias. Dans le rôle d’un père au destin tragique, le toujours impérial Benoît Poelvoorde trouve peut être son meilleur rôle dramatique depuis fort longtemps, pilier d’un casting au demeurant impérial.
La dernière partie du film se focalise essentiellement sur les interactions entre l’adulte et l’enfant. On ne peut que souligner la profonde justesse qui émane de ces passages. Epaulé par un jeune acteur dont l’immense talent éclate à chaque scène (Miljan Chatelain, déjà aperçu dans le Ruban Blanc d’Haneke), Rouve nous offre une représentation de l’enfance à mille lieux des clichés habituels. Dénué de toute puérilité, le jeune garçon qu’il dépeint agit et s’exprime simplement, avec une profonde intelligence et une vraie tendresse dans le regard. Le respect que Jean-Paul Rouve témoigne à ce personnage prouve qu’il a tout compris aux enfants, ces êtres humains "neufs", souvent beaucoup plus sincères et directs dans leurs sentiments que leurs homologues adultes. La scène finale, à la fois courageuse et terrassante d’émotion, témoigne de la profession de foi d’un Jean-Paul Rouve pour qui un enfant a le droit d’être traité avec la même franchise que n’importe qui.
On pourrait reprocher au métrage quelques longueurs, quelques scènes superflues, quelques thématiques sacrifiées au détriment d’autres... mais ce serait ne pas faire honneur à une oeuvre comme on en voit peu dans l’hexagone, dénuée de tout cynisme et exploitant au maximum son point de départ quasi-surnaturel pour nous offrir un récit à l’incroyable puissance émotionnelle. Visiblement beaucoup plus décomplexé dans son rôle de cinéaste qu’il ne l’était il y a quatre ans, Jean-Paul Rouve s’affirme comme un metteur en scène à la sensibilité rare, capable de se livrer avec courage et intelligence, tout en comprenant qu’une histoire de cinéma se raconte avant tout par les images et avec le coeur.

Julien Lattes


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