Dessin-animé coup de poing, Quand souffle le vent est un pur chef d’œuvre porté par la musique inspirée de Roger Waters. A voir pour la première fois en salles, 26 ans après sa création.
L’argument : Jim et Hilda, un couple de retraités, vivent dans un cottage isolé en pleine campagne. Ils apprennent qu’une nouvelle guerre se prépare : une guerre nucléaire. Le couple, confiant dans le gouvernement du pays qui a déjà gagné deux conflits mondiaux, ne comprend guère les implications de cette nouvelle menace mais suit à la lettre les instructions de survie absurdes. La guerre est annoncée à la radio. Hilda se précipite pour aller chercher le linge et Jim, en panique, se met en colère pour la première fois contre sa femme. Les missiles tombent et le cottage est la dernière chose débout dans un paysage calciné. Jim et Hilda se mettent à faire le ménage en attendant que leurs « gars » arrivent. Sans eau ni nourriture, ils commencent à se sentir malades, ignorant qu’ils subissent les premiers effets de la radioactivité… Le regard d’un maître de l’animation pour enfants sur l’absurdité de l’armement nucléaire.
Notes : Après le triomphe de leur première collaboration (Le bonhomme de neige, rediffusé chaque année à la télévision anglaise depuis son succès en 1982), le dessinateur de BD Raymond Briggs et le réalisateur Jimmy T. Murakami se retrouvent quelques années plus tard pour créer Quand le vent souffle (1986) qui se veut une dénonciation des dangers du nucléaire. Pour mieux comprendre la situation, rappelons qu’en 1986 la guerre froide est toujours d’actualité et que les deux grandes puissances de l’époque, Etats-Unis et URSS, se livrent à une course à l’armement nucléaire qui inquiète fortement les populations. Au passage, Murakami demande à son ami David Bowie s’il veut bien participer à l’entreprise, lui qui avait déjà prêté sa voix au narrateur du Bonhomme de neige. Bowie accepte et livre cette fois-ci une chanson inédite qui reprend le titre de la BD et du film. Murakami ne s’arrête pas en si bon chemin et contacte une autre grosse pointure de la scène pop-rock pour écrire cette fois-ci le score entier. Il s’agit ni plus ni moins de Roger Waters, ex-leader du Pink Floyd, depuis toujours connu pour ses positions radicalement antimilitaristes. Enfin, la bande originale est également accompagnée d’un morceau du groupe Genesis, ce qui achève de faire de ce long-métrage d’animation un incontournable pour tous les amateurs de pop-rock psychédélique.
Toutefois, au-delà de cette prodigieuse association de talents, Quand le vent souffle se révèle avant tout être une date importante dans l’histoire du dessin-animé pour adultes. Hautement dépressif, le résultat final étonne encore de nos jours par son absence totale de concession et par sa noirceur radicale. Nous invitant à suivre le quotidien d’un couple d’anglais moyens, les auteurs emploient dans la première demi-heure un humour à froid qui se moque ouvertement de la naïveté des deux personnages. Ayant connu les horreurs de la Seconde Guerre mondiale, le couple se prépare à affronter la guerre annoncée à la radio comme dans l’ancien temps. Ils suivent aveuglément les consignes énoncées dans des brochures qui ne proposent que des solutions au rabais face à une attaque nucléaire de grande ampleur. Si le spectateur ne peut s’empêcher de sourire devant le dérisoire abri qu’improvise le couple, il ne peut retenir son appréhension devant un compte-à-rebours qui semble inexorable.
A mi-parcours, la fameuse attaque nucléaire donne lieu à une séquence ébouriffante qui laisse le spectateur sur les rotules grâce à des plans de destruction époustouflants relayés par la musique agressive et anxiogène de Roger Waters. On se retrouve pendant quelques minutes plongé dans une ambiance apocalyptique qui nous rappelle les séquences animées de Pink Floyd – The wall. Une fois le calme revenu, l’atmosphère demeure asphyxiante puisque l’on suit durant une grosse demi-heure le lent calvaire du couple, désormais sujet aux effets secondaires de la bombe. Parsemé de quelques moments poétiques qui se raréfient en cours de projection, Quand le vent souffle fait partie de ces œuvres dont on ressort chamboulé tant le réalisateur parvient à instaurer un climat mortifère. Les parents responsables auront donc le bon goût de ne pas emmener leur progéniture voir ce long-métrage particulièrement éprouvant, et ceci malgré l’aspect rondouillard des personnages. Pur chef d’œuvre d’animation exclusivement réservé aux adultes, ce bijou méconnu aura mis plus de 26 ans pour trouver enfin le chemin des salles françaises. Même si le contexte est totalement différent, le film garde aujourd’hui toute sa puissance d’évocation et devrait ravir tous les opposants au nucléaire.
