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Que le spectacle commence - la critique

Danse avec la mort

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Palme d’or, Cannes 1980 (ex aequo avec Kagemusha d’Akira Kurosawa)

Dans un film testament, Bob Fosse dessine un autoportrait lucide et impitoyable au travers duquel se révèlent également une époque - les fameuses années 70 - et une industrie : celle du spectacle.

L’argument : Brillant chorégraphe de Broadway, Joe Gideon prépare son dernier spectacle. Il veut que cet opus soit la comédie musicale la plus explosive et la plus érotique de sa carrière. Mais si Gideon a conscience de son génie, il a également conscience d’avoir brûlé sa vie par les deux bouts. Trop d’alcool, trop de drogue, trop de femmes. Ce spectacle sera son dernier tour de piste. Et, tandis que la mort attend en coulisses et que Gideon fait le bilan de sa vie, le spectacle continue...

Notre avis : All that jazz était la Palme idéale pour clore la tumultueuse décennie 70. Dans ce film testament, plus proche de la tragi-comédie que du musical uniquement axé sur le divertissement, Bob Fosse, chorégraphe, cinéaste, metteur en scène aussi talentueux qu’excessif, réussit en effet le tour de force de dessiner un autoportrait lucide et impitoyable au travers duquel se révèlent également une époque (ces fameuses années 70 de toutes les libérations qui paradoxalement mèneront à toutes les dépendances) et une industrie (celle du spectacle, gouvernée par les intérêts financiers, imprégnée d’opportunisme).
Roy Sheider, qui joue le double du réalisateur, interprète avec justesse et implication ce chorégraphe accroc à tout - sexe, drogue, alcool, travail - que sa confrontation avec la mort aux visage d’ange, la tentation même, amène à se voir tel qu’il est : un vrai consommateur compulsif de plaisirs et de sensations en tous genres mais un faux égoïste infiniment respectueux des femmes de sa vie (son ex-épouse, sa maîtresse en titre, sa fille attentive).
Car All that jazz n’est pas seulement un éclairage cru jeté sur un monde désorienté, gouverné par la peur du vide ; c’est peut-être avant tout un magnifique hommage aux femmes, à leur corps bien sûr, mais plus encore à ce qui les rend belles au-delà des traits et de l’âge (voir la magnifique scène où Gideon prend dans ses bras une femme qui va mourir et lui fait, sur son lit d’hôpital, dans une lumière blafarde et laide, le cadeau d’un ultime compliment, "vous êtes la plus belle femme que j’aie jamais vue") : leur capacité à aimer, à comprendre, à pardonner.
On peut aussi y lire la difficulté à laquelle se confrontent tous les créateurs inspirés, appelés à accomplir de grandes choses parfois presque malgré eux : faire toujours mieux ou ne plus faire du tout, convaincre ou se taire, se dépasser ou mourir. L’accouchement de chaque nouvelle œuvre est ainsi vécu comme une épreuve, comme un fardeau ; telle est l’insoutenable légèreté du spectacle qui pour toucher puise si profond.

Carole Zalberg




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