Accueil > Les réalisateurs > F > Fassbinder, Rainer Werner > Querelle - la critique + le test blu-ray

Querelle - la critique + le test blu-ray

Cet obscur objet du désir

Acheter sur Priceminister

- Sortie en DVD & blu-ray : le 11 juillet 2012
- Interdit aux moins de 16 ans

Exit le réalisme allemand, l’adaptation de Querelle de Brest de Jean Genet est une mise en scène esthétique et radicale d’un univers homoérotique déjà bien singulier. Culte.

L’argument : Dans une atmosphère chargée de sensualité, le jeune et séduisant marin Querelle débarque à Brest. Le port devient le théâtre d’un jeu morbide et fascinant où se tissent des rapports d’amour et de hainte dont Querelle est à la fois l’instigateur et le jouet.

Notre avis : Adaptation sulfureuse du Querelle de Brest de Jean Genet, roman d’après-guerre où l’auteur s’inspirait de ses nombreux séjours en prison, Querelle est l’ultime film de Fassbinder, dans sa période homo, qui mourut quelques mois avant la sortie de cet OVNI cinématographique.
Saisi d’une sorte de folie des grandeurs, le cinéaste allemand s’offre les gros moyens de Gaumont pour monter son adaptation dans des décors monumentaux, parmi les plus grands construits à l’époque en studio, par le décorateur oscarisé de Cabaret, Rolf Zehetbauer, qui avait déjà bossé avec Fassbinder sur Lili Marleen ou Lola, une femme allemande, et qui, dans les années 80, se distingua aussi sur Das Boot et L’histoire sans fin.
Querelle qui se déroule moins à Brest que dans un port artificiel totalement onirique est un étrange film noir avec voix-off ponctuelle, teinté d’un érotisme homosexuel qui s’exprime par la crudité des textes de Genet, les corps sublimés par le désir du réalisateur et l’érection de décors phalliques enveloppés par une photographie chaude qui sent le souffre.
La démarche de Fassbinder est radicale, l’auteur n’oublie pas ses origines de metteur en scène de théâtre. La grande théâtralité, dans la diction des dialogues et un rythme hors du temps, accentuent l’étrangeté qui se dégage des images, au risque parfois de dérouter.
Querelle, film de marin maraudeur et masturbatoire, dégage une atmosphère poisseuse et mortifère, notamment dans la musique tantôt synthétique ou hispanisante parfois, l’utilisation osée de costumes appartenant à l’iconographie gay de l’époque (le cuir, les débardeurs) et la récitation de répliques pornographiques par un casting iconoclaste (Brad Davis qui sortait du triomphe d’Alan Parker, Midnight Express, Jeanne Moreau ou l’acteur de série B italienne Franco Nero).
Bref, une oeuvre cinématographiquement extraordinaire, totalement envoûtante, qui appartient aux expériences uniques par un auteur qui se regarde toutefois un peu trop le nombril.


LE BLU-RAY

Les suppléments :

Quelques suppléments passionnants viennent agrémenter cette sortie blu-ray d’un monument du cinéma gay des années 80.
- Le réalisateur allemand Volker Schlöndorff introduit le cinéma allemand de l’après-guerre, jusqu’à l’arrivée du cinéma stylisé de Fassbinder dont il commente le rôle dans le cinéma d’outre-Rhin et son évolution (6mn).
- Dans Le crépuscule des corps : Fassbinder cherche Querelle (34 mn) en haute définition, l’acteur Laurent Malet et l’auteur Claude Arnaud reviennent en profondeur sur cette oeuvre atypique... Anecdotes de tournage, comparaison entre le livre de Genet et le résultat cinématographique, casting, symbolique homosexuelle... Un complément dense !
- Entretien avec Franco Nero : le latin lover revient pendant 18 mn sur ce rôle très gay qu’il redoutait ; il hésita longtemps avant d’accepter, conforté dans son désir de tourner avec Fassbinder, par la présence dans le casting de Brad Davis (Midnight Express) et Jeanne Moreau. Un témoignage encore une fois nécessaire.
- Bande-annonce (en haute définition)

L’image :

Pour un temple de l’esthétique des années 80, Querelle se devrait d’être restauré en haute-définition, ce que Gaumont a accepté de faire volontiers au vu du caractère culte du film. Le résultat est souvent somptueux au niveau des couleurs, avec des plans d’une richesse visuelle extraordinaire qui gagnent une nouvelle fraîcheur. Ils paraissent même contemporains ! D’autres en revanche, en raison d’une utilisation peut-être excessive du réducteur de bruit, manquent de précision et sont un peu plus lisses. L’ensemble demeure toutefois très engageant.

Le son :

Trois pistes DTS HD Master Audio 2.0, une française, une autre anglaise et une allemande, ce qui correspond bien au casting international de cette production. Le résultat est vocalement concluant, avec des dialogues bien distincts, qui se dégagent de l’ensemble sonore.

Frédéric Mignard