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Rebelle - la critique

Berlinale 2012

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Fable engagée sur la guerre civile, Rebelle est aussi une méditation bouleversante et sinueuse sur le poids des fantômes. L’une des grandes révélations de la Berlinale et de cette année 2012

L’argument : Une guerre civile en Afrique. Suite à la destruction de son village et au meurtre de ses parents, Komona est menée dans la jungle et devient de force une enfant-soldat. Le chef de faction ne lui ordonne pas seulement de prendre les armes mais de coucher avec lui. Cherchant un refuge au milieu de l’horreur, elle se tourne vers un garçon aux cheveux blancs, à peine plus âgé qu’elle et qu’elle nomme "Magicien".

Notre avis : Révélation de la dernière Berlinale, où il a remporté le prix d’interprétation féminine, Rebelle suit l’itinéraire chaotique de Komona, une jeune femme enrôlée de force aux côtés des factions armées, et dont les parents n’ont pas pu être inhumés suite à leur massacre. Obsédante, leur errance funèbre confère à l’héroïne des pouvoirs surnaturels : le contact des spectres lui permet en effet de sentir et déceler la présence des ennemis. La voilà devenue "Sorcière" (War Witch, dit le titre anglais), à la fois redoutée et adulée par les hommes du camp. Mais cette situation instable et dangereuse, qui garantit pour un temps sa survie, n’en demeure pas moins un viol répété de son enfance. Et Komona de se tourner vers "Magicien", jeune albinos, avec lequel elle parvient à s’enfuir.


Oscillant entre le récit fantastique et le film de survie, Rebelle compose, à sa manière singulière, le récit métissé d’une enfance disparue. A l’arrière-plan : la guerre civile, son lot de massacres arbitraires, sa fausse promesse d’un monde meilleur. Au premier : la voix ensorceleuse et monodique de Komona, la poésie des corps errant dans la jungle. Si la violence surgit de manière ponctuelle et sauvage - voir l’épisode de l’épine de rose - le récit n’en perdure par moins, fragile écho d’un monde en guerre. C’est lui qui, d’une certaine manière, porte la promesse d’une liberté possible. Aussi les personnages se livrent-ils à la quête symbolique d’un coq blanc, "preuve d’amour" que Magicien doit rapporter pour épouser Komona, et réputé introuvable - on n’est pas très loin du roman médiéval, avec son lot d’allégories et d’obstacles. La symbolique du blanc revient d’ailleurs à plusieurs endroits du récit : cette couleur est associée à l’enfance disparue (corps fantomatiques des parents), enfance dont on doit faire le deuil, en même temps qu’à l’espoir - fût-il vague, illusoire ? - d’un avenir où les tensions seraient apaisées.

Et le récit se livre ainsi à une douloureuse parturition, comme on en voit rarement à l’écran. Douloureuse, car l’enfant auquel s’adresse Komona, entaché du sang d’un chef ennemi, apparaît comme une menace pour la survie de la jeune femme. Il incarne, à sa manière, le passé archaïque, le lot de souffrances monstrueuses véhiculées par la guerre, les massacres, le poids des armes. Dès lors, aura-t-elle la force de l’aimer ? Ou cette force est-elle une faiblesse ? Et comment s’y résoudre, autrement que par l’entremise d’une fable ? Ce sont autant de questions que pose le film, certes sans y répondre avec didactisme. Car si, nous dit Rebelle, le récit porte en lui la promesse d’une aube nouvelle, il demeure malgré tout menacé, de toutes parts, par l’automatisme assourdissant des armes.

Jean-Patrick Géraud




Les avis des internautes

 

Rebelle - la critique

Par roger w

Rebelle est un très beau témoignage sur le destin tragique des enfants soldats, ici en Afrique. Si le cinéaste plombe l’ambiance par un premier quart d’heure très dur, il relâche la pression par la suite en racontant les aventures sentimentales de la jeune fille, avant de replonger dans le drame avec une acuité encore plus grande. Implacable, le film ne laisse que peu de temps pour reprendre son souffle et foudroie par son intensité.

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