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Reflets dans un œil d’or - la critique

Les grandes reprises

- Durée : 1h48mn
- Titre original : Reflections in a golden eye
- D’après le roman de Carson McCullers

Réédité dans sa version voulue par John Huston, Reflets dans un œil d’or, avec Marlon Brando et Elizabeth Taylor, est un cadeau pour cinéphiles. Même s’il manque de nuances et se révèle d’une noirceur assommante.

Trente-cinq après sa sortie, Reflets dans un œil d’or fait son retour sur les écrans. En version dorée, s’il vous-plaît ! Dorée ? Petit rappel. Lorsqu’il boucle le tournage en technicolor du roman de Carson McCullers, John Huston se rend compte qu’il aurait dû rester fidèle au titre : le film doit se voir à travers un oeil d’or. Sans aucune couleur vive. A coups de sépia et de désaturation, il revoit sa copie, qu’il sort dans ses deux versions. Mais la dorée s’attire la colère du public et des producteurs, qui la retirent du circuit et en détruisent tous les exemplaires. Sauf un, qui, dans les années 80, est exploité à nouveau à Paris, à l’Action République, avant d’être brûlé à son tour, trop endommagé pour être réexploité. Par le hasard des rencontres, les responsables des cinémas Action croisent à nouveau les Reflets, qu’ils proposent à la Warner de rééditer. Ce qu’ils ont donc fait, après deux ans de retouches et avec l’aide des cinéphiles Patrick Brion et Michel Ciment. Fin de la parenthèse. Ouverture du film.

"Il y a un fort dans le Sud où, il y a quelques années, un meurtre a été commis." Le ton est donné d’emblée. Et le doute surgit très vite : le meurtre a-t-il déjà au lieu ou va-t-il se dérouler sous nos yeux ? Les deux, mon colonel. Car dans cette histoire sur fond de caserne où se mêlent les tristes destins de six personnages en quête d’amour, de passion et d’authenticité, la mort est partout. Perte d’un enfant, fin de l’amour, deuil des illusions, rien ne brille dans Reflets dans un oeil d’or. Tout n’est que blessure béante et quelqu’un doit payer pour un crime qui n’existe pas.

Difficile de ressentir autre chose que de la pitié envers cette collection de loosers et de dérangés. Huston ne nous offre aucune autre porte d’entrée, nous tenant à distance de ce monde aux couleurs ternes où les clichés et le pathos ne manquent pas (officier viril à l’homosexualité refoulée, mère pleurant la mort de sa fille en se coupant le bout des seins, ...), qu’il filme en variant sans cesse les types de plan. On délaisse alors cette histoire à la noirceur manquant de nuances pour se concentrer sur la maîtrise technique du réalisateur et sur le jeu des acteurs. En couple usé, Elizabeth Taylor et Marlon Brando s’affrontent dans un duel sans merci, toutes griffes et seins dehors pour la première, droiture, front plissé et biceps déjà vieillissant pour l’autre. Victime désignée, Robert Foster est, lui, inquiétant en soldat voyeur et silencieux.

Faire revivre Reflets dans un œil d’or : le cadeau en lui-même est si beau qu’il méritait d’être ouvert. Car un John Huston, même en deçà de L’Homme qui voulut être roi, des Misfits ou du Faucon maltais, reste un grand film.

Frédéric Mairy

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