René

Ciné - Drame

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- Durée : 1h25mn

Après avoir présenté sous forme documentaire quatre expériences de vie dans son précédent film (Vies), Alain Cavalier poursuit son questionnement sur la force des images et des mots avec René, son pendant fictionnel.

René est gros. Les premières images du film nous le présentent chez un fromager, choisissant en connaisseur plusieurs produits pour ce que nous imaginons être un repas entre amis. Pourtant, devant sa cuisinière, il ne prépare qu’un morceau de viande. René est seul et triste. En rentrant, il a trouvé sur la télévision une enveloppe qu’il ouvrira plus tard, devant un imposant plateau de fromages. La lettre est courte. Son amie le quitte car elle n’arrive pas à parler avec lui. La caméra, cadrée sur le texte, nous met dans la peau de René. Nous ressentons sa peine, son incompréhension. Puis le dégoût nous serre l’estomac. René jette la lettre sur son assiette, il ne peut plus rien avaler. Le plateau est filmé de près, rendant la nourriture écoeurante. Images sans dialogue... Du ressenti brut.

Cette douleur sera le révélateur du non-sens de sa vie. Pour survivre, il doit, tel un nouveau-né, réapprendre à vivre, appréhender à nouveau le mot. Son objectif étant de sortir de ce monde de l’enfance qu’il croit protecteur. Les enfants ne sont pas réellement dans la vie, ils ne sont pas directement confrontés à la nécessité de lui trouver un sens car ils maîtrisent mal le langage. René, lui, se protège derrière une bonhomie qui le coupe de toute réelle communication. Renaître, c’est pour lui reséduire. Pour cela il doit maigrir, quitter sa carapace, arrêter de jouer.

Partant de rien, nous apprenons la vie de René à mesure qu’il la reconquiert. L’enfance n’est pas présente qu’à un niveau symbolique : René est acteur, il met en scène des représentations avec l’aide des écoliers. Pour ces derniers, la vie est un jeu ; pour René seul le jeu est sérieux. S’il arrive à transmettre son savoir aux enfants, la transmission est difficile à mettre en place hors scène. Sans elle, le sens se perd, la communication se casse. Il maîtrise le discours professionnel, mais pas le social. L’objectif de la caméra, après avoir effectué une symbiose entre l’oeil de René et le nôtre, se détache peu à peu de son personnage. L’image devenant plus distancée, la parole reprend sa place. Ces deux éléments, indissociables, sont indispensables au travail de deuil de René. Ainsi, René ne comprend le départ de son amie qu’après avoir reçu d’elle une cassette vidéo où elle s’explique, le support visuel rendant la séparation intelligible.

Pour Alain Cavalier, l’image est un objet à contrôler. Recherchant la justesse, il a choisi depuis quelques films le minimalisme de la vidéo. Sans le recours d’équipe technique, il nous renvoie sa propre subjectivité. Mais l’élément visuel ne prend sa réalité que grâce au discours. L’objet final résulte d’un échange entre le metteur en scène et ses interprètes, donné à décrypter au spectateur.

Marc Pracisnore




Les avis des internautes

 

> René

Par Norman06

Alain Cavalier opte pour une démarche minimaliste et le film est un peu une transition entre les démarches dépouillées et bressonniennes de Thérèse ou Libera me et le ton autobiographique à l’origine des réussites du Filmeur et Irène. Le caractère parfois gênant des situations (les visites chez le médecin, l’ombre de la maladie) sont tempérées par un ton léger, inhabituel chez le cinéaste.

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