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Repo men - la critique

Crédit à vie


- Durée : 1h51mn
- Interdit aux moins de 12 ans avec avertissement

Le dernier film de science Fiction de la Universal, un flop avec Jude Law, aussi violent que son scénario, qui connaît les affres d’une sortie technique estivale... Ovniesque !

L’argument : Dans un futur proche, les hommes sont parvenus à prolonger et améliorer la vie de leurs semblables à l’aide d’organes artificiels extrêmement sophistiqués et coûteux, élaborés par une société connue sous le nom de L’Union. Le sombre pendant de cette percée scientifique : lorsque les "greffés" ne sont plus à même d’honorer les échéances de leur crédit, L’Union envoie alors ses agents spécialisés, les Repo Men, pour reprendre la marchandise, sans se préoccuper du confort ou de la survie de leurs clients insolvables.
Rémy, un des meilleurs repo men sur le marché, est victime d’un arrêt cardiaque et se réveille avec le dernier modèle de cœur artificiel implanté dans le thorax, et la note salée qui l’accompagne. Cette intervention forcée produit cependant un effet indésirable : Rémy n’a plus le cœur à l’ouvrage. Quand il se retrouve dans l’incapacité de payer ses traites, L’Union assigne alors son agent le plus coriace, Jake, l’ex-coéquipier de Rémy, pour le retrouver et récupérer son bien. Le chasseur est devenu la proie...

Notre avis : Repo men part d’un pitch de science-fiction sociale et humaniste pas crédible pour un sou, mais du moins intellectuellement stimulant. Imaginez un futur envahi par la chirurgie où tous nos organes endommagés peuvent être remplacés à crédit par une multinationale, l’Union, qui emploie la manière forte pour récupérer ses biens en cas d’échéances non payées. Elle envoie ainsi ses repreneurs, les fameux "Repo Men" du titre, pour saisir leurs biens corporels, même si cela signifie mutiler ou assassiner sauvagement, à n’importe quel moment du jour ou de la nuit ! Ces huissiers bouchers représentent en quelque sorte une alternative policière de par leur omniprésence dans une société ultra capitaliste où la sécurité financière de l’Union prime sur la sécurité générale de chacun. Ca vous fait froid dans le dos ?
Evidemment, pour y croire un instant, il faut vraiment fermer les yeux sur le manque de finesse du script, où même le repo star (Jude Law) se voit lui-même victime de ses patrons à la suite d’un accident du travail ; ils veulent lui arracher le cœur artificiel qu’ils lui ont eux-mêmes implanté car il ne peut plus payer ! Mais que fait la sécurité sociale ?
Plus intéressant en revanche, c’est ce que fait le réalisateur Miguel Spochnik de ce postulat de départ tiré par les cheveux. Jusqu’au-boutiste dans l’amoralité, il livre des premières scènes d’un cynisme qui cloisonnent les personnages de Jude Law et de son pote repo Forest Whitaker dans les rôles de bad guys, alors qu’ils nous sont présentés comme les principaux protagonistes du récit. La deuxième partie, plus étonnante encore, voit le revirement de Jude Law en rebelle contre la corporation. L’acteur, spécialiste de la S.F. (A.I ; Gattaca...) s’autoproclame justicier boucher. Finissant avec une chanteuse de cabaret droguée (!) qui, elle-même, est condamnée par l’Union, cet anti-héros par définition, davantage mu par égoïsme que par la volonté politique de bouleverser l’ordre des choses, va user de la scie, du marteau, du couteau ou de la machette pour parvenir à s’assujettir de sa dette.
D’un gore outrancier qui lui vaut en France une interdiction aux moins de 12 ans avec avertissement, Repo men devient alors un OVNI cinématographique, où le final d’automutilation est une pure boucherie. A la limite de la comédie à la Peter Jackson, cette petite production de science-fiction (seulement 30M$ de budget) fait alors montre d’une hargne dont on ne sait trop quoi penser. S’éloignant peu à peu de son modèle de départ, Minority Report, Repo men s’achève en Total Recall décalé avec plus d’une surprise dans son scénario, dont une ultime pirouette scénaristique plutôt bien amenée.
Bref, au vu de ses nombreux défauts (script pas croyable, mise en scène un peu molle), cette satire cinglante et sanglante de la société de demain, manifeste contre la société de consommation à crédit, devra demander beaucoup de recul et de second degré au spectateur pour qu’il adhère à sa démarche singulière. Une fois l’effort réalisé, il n’est pas interdit d’y éprouver un plaisir coupable.

Frédéric Mignard

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