Année de production :1984
Il y a un avant et un après Requiem pour un massacre. Vous n’en reviendrez pas indemne. Vivant, certes, mais traumatisé. Le meilleur film de guerre de l’histoire qui part du paradis pour finir dans l’enfer avec une maestria étourdissante.
L’argument : Un villageois biélorusse de quatorze ans pique une arme sur un soldat mort et se retrouve embrigadé par la résistance pour lutter contre les Nazis, en 1943. Il y perdra son innocence.
Notre avis : Requiem pour un massacre appartient à cette catégorie (pas si fréquente) des films qui vous empêchent de prononcer un mot une fois achevés. Quelque part entre Apocalypse Now et L’enfance d’Ivan - en deux fois mieux, ce film bouleversant et méconnu réalisé en 1985 ausculte la barbarie des hommes (le "Hitler" caché en chacun de nous) pendant la Seconde Guerre mondiale. Pour que l’on ressente ce passage du paradis à l’enfer, de l’innocence à la monstruosité, le cinéaste Elem Klimov adopte le point de vue d’un enfant qui prend trente ans dans la tronche et donne ainsi l’impression de vivre les événements en même temps que lui. L’immense travail sur le son et la mise en scène contribue à accentuer une dimension subjective. Tout est perçu à travers le personnage, à l’exception d’une scène inoubliable où il retourne dans sa demeure natale avec une amie de passage (Glasha, incarnation de l’ange) et ne voit pas les membres de sa famille assassinés. C’est tout l’art de Klimov qui explose ici : dans sa capacité à travailler le hors champ en montrant l’innommable et en suggérant toujours le pire.
Le film, intégralement tourné en Steady Cam, est né du sentiment de culpabilité du réalisateur qui regrettait de ne pas avoir fait « son » film sur la guerre (enfant natif de Stalingrad, il a connu les bombardements, la traversée de la Volga, l’exode vers l’Oural avec sa famille). Depuis, il ne s’en est pas remis. Ayant foutu toutes ses tripes dans cet assemblement céleste et dérangeant de scènes viscérales, Klimov ne pouvait plus rien offrir au spectateur. Au-delà de la catharsis, il a pourtant signé un grand film de guerre (le meilleur jamais réalisé), sensoriel et âpre, mélancolique et déchirant. Un somptueux cauchemar où la puissance des regards et des cris suffit à remplir le film. A sublimer les principes de mise en scène qui le régissent. Le manquer constitue un crime de cinéphile.
Bande Annonce REQUIEM POUR UN MASSACRE par Potemkine_dvd

Par Frédéric Mignard
Le frère eighties de L’enfance d’Ivan de Tarkovski... Une bombe dans la marre des films de guerre installée au firmament des plus grandes oeuvres de son temps. Entre cauchemar éveillé et poésie funeste, tout l’art pictural du cinéma de l’Est, synthétisé dans un spectacle aussi fort qu’effroyable.