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Reservoir Dogs - la critique

Chiens enragés

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Note moyenne des internautes :

- Durée : 1h35mn
- sortie cinéma initiale : 2 septembre 1992

Coup d’essai et coup de maître pour Tarantino qui réinvente les codes du polar sanglant.

L’argument : Après un hold-up manqué, des cambrioleurs de haut vol font leurs comptes dans une confrontation violente, pour découvrir lequel d’entre eux les a trahis.

Notre avis : En 1992, au festival de Cannes, un petit film indépendant américain vole presque la vedette à la Palme d’or Les meilleures intentions, de Bille August. Durant cette quinzaine, les critiques ne jurent en effet que par un polar au titre incompréhensible, présenté dans une section parallèle. La rumeur fait le tour des festivaliers : le film est violent, original dans sa structure narrative, parfaitement maîtrisé, et superbement servi par une brochette de gueules de cinéma. Reservoir Dogs conquiert ses premiers spectateurs français ; Tarantino n’est plus un illustre inconnu se baladant de festival en festival avec ses bobines sous le bras.
Le chemin fut long avant de parvenir à cette reconnaissance. Gérant d’un vidéoclub à Los Angeles, Tarantino visionne tout ce qui lui tombe sous les yeux. Sa grande cinéphilie lui permet d’imaginer un cinéma truffé de références (pur plagiat selon ses détracteurs et connaisseurs de City of fire). Par exemple dans Reservoir Dogs, le système d’appellation des truands par des couleurs est emprunté au Pirates du métro (1974) de Joseph Sargent. Toujours est-il que Tarantino se lance à cette époque dans l’écriture de scénario. Il en sortira de sa plume True Romance, Reservoir Dogs et Tueurs nés. C’est Harvey Keitel (Mr. White) qui, impressionné par la qualité du script, acceptera de miser sur lui et de produire son premier film.
Six gangsters sont réunis par un commanditaire pour braquer une bijouterie. Ils ne se connaissent pas et portent des pseudonymes pour préserver leur anonymat. Mais le casse, transformé en guet-apens par la police, tourne au carnage. Les survivants, regroupés dans un hangar, tentent d’identifier parmi eux le flic infiltré...
A la sortie de Pulp Fiction, Quentin Tarantino avait déclaré vouloir uniquement faire des films qui résisteraient à l’épreuve du temps - c’est à ce critère que l’on reconnaît un chef-d’oeuvre. Force est de constater que Reservoir Dogs entre sans difficulté dans cette catégorie. Véritable coup de poing cinématographique, ce polar (pas au sens littéraire du terme car on ne suit pas d’intrigue policière), plus de dix ans après sa sortie, a conservé tout son impact. La recette semble simple : musique inédite mais accrocheuse dès la première écoute, dialogues percutants (- Tu as tué des gens ? - Non que des flics !) et narration innovante.
Car Tarantino ne se soucie pas de renouveler son sujet ; il préfère en révolutionner le traitement grâce à un scénario complètement déstructuré. Ce faux huis clos truffé de flash-back prend ainsi constamment le spectateur par surprise. En fonction de l’action, le spectateur est soit en avance par rapport aux personnages (il connaît l’identité de la taupe), soit en retard donc pris à contre-pied. Tarantino livre un cinéma viscéral dans lequel il tranche à vif. Malin, il préfère filmer la violence à grand renfort de pointes d’humour (la fameuse scène de l’oreille) afin de désamorcer une tension trop éprouvante. On peut d’ailleurs lui reprocher cet amalgame pervers qui ne tend qu’à banaliser cette violence graphique.
Toutefois, Quentin Tarantino fait partie de ces réalisateurs qui aiment leurs personnages et les acteurs qui les incarnent. Il les choie dans un cinémascope qui leur rend toute leur noblesse de salopards. Ici, presque tous ont un rôle à défendre ; tous ont une scène et des dialogues ciselés qui leur permettent d’exprimer leur talent. Dès lors, en dépit de leurs actes répréhensibles, on en vient à apprécier ces truands, ces "tough guys" comme les qualifierait Norman Mailer. Concernant justement la distribution, la palme revient à la prestation de Tim Roth, hallucinant de souffrance dans sa lente agonie.
Reservoir Dogs est la parfaite illustration du film culte. Voilà un film qui peut être visionné avec le même plaisir un nombre incalculable de fois. Brillant, prenant, hilarant par moments, il est un miraculeux condensé d’énergie issue du cinéma indépendant américain et de la maîtrise de fabrication du système hollywoodien.

Edgar Hourrière


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