Accueil > Les réalisateurs > H > Hostiou, Armel > Rives - la critique

Rives - la critique

La dérive des sentiments

Belle évocation poétique de la ville de Paris, ce premier film fait preuve de très grandes qualités formelles qui séduisent immédiatement l’œil, mais peinent à faire sens.

L’argument : Paris, une journée charnière dans l’existence de Bianca, Thalat et Pierre.

Notre avis : Après être passé par la case court-métrage, puis vidéo-clip et même création expérimentale pour installations vidéo, le réalisateur issu de la Fémis Armel Hostiou se lance pour la première fois avec Rives dans le long-métrage de fiction. Son parcours professionnel est d’autant plus important à énumérer qu’il explique en grande partie les nombreuses qualités de son premier essai cinématographique, et aussi ses quelques défauts. Il fallait ainsi oser se lancer dans une expérience purement formaliste qui tient à la fois du postulat expérimental (dresser le portrait d’une ville) et du vidéo-clip (inclure une bande-son qui colle parfaitement aux images au point d’en devenir le complément naturel et indispensable). Hostiou nous invite à suivre les déambulations de trois personnages totalement différents : un jeune collégien qui fait l’école buissonnière, une étudiante tchèque qui vit de petits boulots et un jeune Pakistanais qui ne parle pas un mot de français et qui tente de survivre dans la clandestinité. Toutefois, loin de proposer une analyse sociale approfondie, Hostiou préfère laisser vagabonder ses trois personnages en quête d’eux-mêmes (et d’un scénario diront les mauvaises langues). Il les suit dans chacun de leurs déplacements et parvient à nous intéresser à leur destinée, sans que ces trois êtres ne se rencontrent vraiment dans le monde réel.
Porté par une photographie superbe, des cadrages inventifs et un montage particulièrement habile, Rives n’est en aucune façon une œuvre narrative puisque le seul lien entre les séquences est sensoriel. Grâce à un dispositif formel très élaboré, Armel Hostiou nous fait partager sa rêverie poétique sur une ville de Paris qu’il parvient à extraire de ses habituels clichés touristiques. Il faut donc abandonner ici toute volonté de théoriser les images et se laisser porter par ce flot de sensations à fleur de peau. Jouant sans cesse avec la bande-son, le réalisateur nous plonge dans une ambiance urbaine parfois joliment désincarnée (la magnifique séquence à La Défense sur la musique electro-pop de Poni Hoax est un bel exemple de poésie urbaine) qu’il finit par abandonner à l’occasion d’une séquence de rêve récurrente se déroulant dans un espace plus naturel autour d’un point d’eau. Ces seuls passages où les trois personnages sont réunis en rêve évoquent immédiatement le cinéma atmosphérique d’un Tarkovski et si le sens de la scène finale nous échappe quelque peu, elle termine en beauté une première œuvre assurément ambitieuse. On peut simplement regretter le manque de profondeur d’un film entièrement fasciné par le pouvoir évocateur des images. Avec un scénario plus consistant, il est certain qu’Armel Hostiou pourrait s’imposer à terme comme un cinéaste majeur.

Virgile Dumez

Découvrez toute la BD avec

Bedeo.fr : bande dessinée

avoir-alire est édité par Bedeo.fr

Il n'y a pas encore d'avis pour ce film. Soyez le premier à proposer votre avis !

Votre avis