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Roger et moi - La critique

Roger vs Moore

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- Festival de Berlin 1990 : Peace Film Award - Honorable Mention

- International Documentary Association 1990 : IDA Award

- New York Film Critics Circle Awards 1989 : Meilleur documentaire

L’argument : En 1986, la société General Motors annonce la fermeture de ses usines de Flint. 35 000 habitants se retrouvent au chômage. Michael Moore, armé de sa caméra, tente d’attirer l’attention de Roger B. Smith, le PDG de la société, sur la désertification de la ville qui résulte de cette décision.

Notre avis : Et si Roger et moi, son premier documentaire, était son meilleur film ? Tout Michael Moore est déjà dans cette œuvre satirique qui le révéla au grand public au début des années 90. En s’infiltrant dans toutes les strates de la ville de Flint et de ses environs, le documentariste arbore pour la première fois le costume de Robin des bois de la cause ouvrière, sous l’apparente bonhommie (casquette de base ball, humour acerbe) d’un Américain moyen faussement rassurant. Si la séquence de la prolifération des armes à feu dans le Michigan anticipe Bowling for Columbine, sa satire des politiques (Reagan tenant un discours populiste à un panel de chômeurs dans une pizzeria, le gouverneur du Michigan s’exhibant dans une sinistre kermesse) n’a pas la lourdeur pamphlétaire de Fahrenheit 9/11. En fait, Michael Moore, peu connu lors du tournage, ne se la joue pas encore star (narcissisme qui nuira à The Big One) et ses approximations statistiques n’engendrent pas la même sensation de roublardise que dans Sicko, le film qui marquera les limites du système Moore.
Roger et moi se présente à vrai dire comme la première « comédie documentaire » de l’histoire du cinéma. Le rire indéniable qu’engendrent certaines séquences renforce la qualité des digressions que d’aucuns jugeraient inutiles : la description d’un repas d’alligators et de serpents par une standardiste, un insolite saut d’ « âne plongeur », les conseils linguistiques d’une vieille joueuse de scrabble, ou le discours complètement « à côté de la plaque » d’une Miss Michigan paradant devant boutiques fermées et chômeurs en détresse (magnifiques travellings, auxquels font écho ceux de la ville délaissée, sur l’air de Wouldn’t It Be Nice des Beach Boys). On dira que Moore met les rieurs de son côté, et abuse de bribes de phrases situées hors de leur contexte. C’est oublier que c’est pour la bonne cause, son discours tenant plus de l’humanisme consensuel que de la revendication altermondialiste. Et la mauvaise foi des dirigeants de General Motors, prônant un discours social tout en créant un véritable séisme socioéconomique, n’est pas non plus un modèle d’intégrité. On entendra aussi (et c’est indéniable) que le film ne présente pas assez de témoignages sérieux, les défenseurs de l’ultra-libéralisme étant ici incarnés par des chanteurs de variétés (Pat Boone, Anita Bryant) au discours édifiant (« Today is a new day »), ou des chargés de communication maniant la langue de bois avec plus ou moins de dextérité.
On comprendra que Roger et moi n’est pas un modèle de rigueur pour l’historien, l’économiste ou le sociologue, encore qu’il brasse une diversité de thèmes, de la délocalisation à la désindustrialisation, en passant par le rôle des pouvoirs publics ou la détérioration du lien social. Il n’en reste pas moins un chef d’œuvre de causticité pour le cinéphile, par un montage jubilatoire et magistral : images d’archives, interview de salariés et d’habitants, morceaux musicaux magistralement sélectionnés... Et l’incongruité de certaines scènes (la réunion surréaliste chez une spécialiste des couleurs, l’inauguration de la prison lors d’une soirée festive à 100 dollars), loin de discréditer le cinéaste, révèle toute l’originalité de sa démarche et de son style.

- Bande-annonce de Roger et moi

Gérard Crespo




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