Rondo - la critique

Train d’ennui

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Malgré de belles intentions et une vraie séquence réussie, ce premier film pâtit d’une narration alambiquée et chaotique qui annule toute empathie envers ses personnages principaux. Décevant.

L’argument : Bruxelles, été 42. Le jeune Simon voit avec horreur son père arrêté et déporté par les nazis. Il réussit à fuir en Angleterre où il rejoint son grand-père Abraham, personnage austère et distant. Dans cet exil, Simon ne trouve aucun réconfort auprès d’Abraham. Ce vieil homme érudit attaché aux valeurs de la tradition juive, méprise l’éducation laïque de Simon. Tout les oppose dans leur conception de la religion et de la vie. Quand ils découvrent l’horreur de l’holocauste et la disparition probable de leurs proches, c’est la jeunesse de Simon qui va donner au vieil homme la force d’affronter une réalité insupportable…

Notre avis : Tout premier long-métrage d’Olivier van Malderghem après une série de courts remarqués, Rondo revient une fois de plus ausculter le drame de la Shoah à travers les yeux d’un enfant qui réchappe au massacre de justesse et qui est finalement recueilli par son grand-père, juif rigoriste exilé en Angleterre. Malgré d’excellentes intentions, le cinéaste se révèle très rapidement dans l’incapacité de raconter son histoire dans des conditions satisfaisantes. Dès les premières images, la pauvreté du budget transparaît à l’écran dans une reconstitution historique tellement appliquée qu’elle sonne irrémédiablement faux. On a donc bien du mal à partager le désarroi du jeune héros lorsque son père est arrêté par la Gestapo et que le gamin est sauvé de justesse par un membre de la résistance belge. Pire, le réalisateur opte alors pour une narration entièrement fondée sur le flash-back et la voix off. Une fois la guerre terminée, le gamin raconte à sa mère ce qu’il a vécu en Angleterre auprès de son grand-père, un véritable monstre de froideur incarné avec aplomb par le grand Jean-Pierre Marielle.
Malheureusement, là encore, le réalisateur semble embarrassé par un récit qu’il n’arrive pas à raconter. Empêtré dans un flot d’allers et venues incompréhensibles (les personnages ne cessent de voyager pour des raisons souvent obscures), le récit devient inutilement confus et laisse rapidement le spectateur sur le bord de la route. La psychologie des personnages secondaires est ainsi sacrifiée au profit de saynètes qui peinent à faire sens. Dans ce marasme ambiant, une seule séquence laisse espérer un sursaut du long-métrage : il s’agit de l’errance du grand-père et de son petit-fils dans un Londres dévasté en proie au brouillard. Durant ce petit quart d’heure qui ose s’aventurer sur les terres d’un fantastique onirique, Rondo atteint une certaine poésie qui nous touche enfin, pour mieux nous laisser orphelin une fois que le film retrouve son classicisme formel ronflant. Malgré ces quelques séquences inspirées, Rondo ne provoque finalement qu’un ennui poli en accumulant toutes les bévues d’une première œuvre mal assurée.

Virgile Dumez




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