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Roselyne et les lions - la critique

La belle et les bêtes

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Beineix plonge dans l’univers des dompteurs et en tire une métaphore sur le processus artistique d’une grande beauté visuelle. Une œuvre boudée lors de sa sortie qu’il est urgent de redécouvrir.

L’argument : Thierry délaisse ses études pour se consacrer à sa passion, être dompteur. C’est au zoo de Marseille qu’il rencontre Roselyne, une jeune fille de son âge avec laquelle il partage son amour des fauves. Ils sont beaux, ils sont jeunes, il s’aiment et ils partent sur les routes afin de vivre leur passion pour le domptage.

Notre avis : Après le succès de 37°2 le matin (1986), le cinéaste Jean-Jacques Beineix se lance un nouveau défi : filmer la passion de deux jeunes pour le domptage des fauves. Le challenge étant de limiter le plus possible les trucages et d’inviter les acteurs et les spectateurs à entrer dans la cage aux lions. Armé d’une ardente passion pour son sujet, le cinéaste recrute des acteurs suffisamment jeunes et courageux et leur fait subir un entraînement intensif de neuf mois afin qu’ils paraissent crédibles, même aux yeux des professionnels du cirque. Sur ce plan, le pari audacieux a été relevé haut la main puisque le spectateur ne doute à aucun moment de l’implication des acteurs, même si on aurait aimé une psychologie des personnages plus développée. Entièrement dans l’action, les deux jeunes vivent leur passion sans jamais réfléchir aux éventuelles conséquences de leurs actes.
On reconnaît ici l’un des thèmes de prédilection d’un metteur en scène perfectionniste, à savoir le besoin d’apporter du rêve à la jeune génération et non pas des notions matérialistes de rentabilité ou de productivité. Toujours fasciné par le processus créatif, Beineix montre l’initiation et l’accomplissement de jeunes artistes pourtant en échec scolaire et critique à sa manière un système qui ne prend pas assez en compte les aspirations profondes de chacun. Les thèmes sont parfois un peu trop soulignés et un certain nombre de séquences comiques ne sont pas très heureuses, mais la version intégrale de Roselyne et les lions (1989) mérite amplement le détour. Tout d’abord parce que son échec commercial cinglant n’est absolument pas mérité et ensuite parce que cette œuvre recèle des trésors de mise en scène. Le moindre plan ferait pâlir d’envie tout aspirant à la réalisation : esthétique travaillée à l’extrême, mouvements d’appareils d’une grâce infinie, chorégraphies soignées et musique aérienne font de ce spectacle un véritable festin pour les sens. La séquence finale, d’une beauté confinant au génie pur et simple, marquera longtemps l’esprit de ceux qui donneront une seconde chance à cette œuvre trop méconnue d’un des plus grands artistes français en activité.

Le DVD

Le(s) supplément(s) à ne pas rater : De très nombreux bonus sont disponibles sur cette superbe édition. Sur la première galette, les passionnés du film pourront écouter un commentaire audio de près de trois heures où le cinéaste rend hommage au travail des comédiens, des seconds rôles et à Thierry Le Portier, dompteur qui a inspiré l’histoire de Roselyne. Vers la fin du commentaire, Beineix a du mal à trouver de nouvelles choses à dire, ce qui est compréhensible vu la durée du métrage. Sur un deuxième DVD, les spectateurs pourront suivre un passionnant film du tournage, présenté sans commentaire aucun : on peut alors se rendre compte de l’immense somme de travail nécessaire pour réaliser un tel projet. D’une durée d’une heure et quart, ce documentaire nous fait pénétrer au cœur de la création, n’hésitant pas à montrer un metteur en scène exigeant, parfois caractériel, mais toujours soucieux de donner le meilleur. Un autre module de quarante-cinq minutes réalisé cette fois-ci en 2006 revient sur le travail avec les fauves et donne de nombreuses anecdotes sur le tournage grâce à des entretiens avec Isabelle Pasco, Gérard Sandoz, Thierry Le Portier et Gabriel Monnet. Le tout se termine par un bel hommage rendu à l’acteur Philippe Clévenot disparu en 2001 - et ici formidable en professeur d’anglais décalé. Restent à consulter le storyboard du film, des photographies et les habituelles bandes-annonces pour une édition complète qui fait honneur au film.

Image & son : L’image est très souvent resplendissante, même si les scènes ajoutées pour la version intégrale ne semblent pas avoir subi le même traitement de faveur. Les couleurs assez kitsch et la débauche d’éclairages lors des séquences de cirque sont par contre parfaitement rendues. Seule une piste stéréo est disponible, mais elle est d’une belle clarté et d’une efficacité redoutable lorsque la magnifique musique de Reinhardt Wagner apparaît. A noter la présence d’une piste pour sourds et malentendants bienvenue.

Virgile Dumez


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